Je ne suis pas dans mon corps, si j’étais dedans je le respirerais, mais je ne peux respirer mon corps de l’intérieur parce que je suis déjà trop loin de moi. Je suis trop loin de mon corps et pourtant je suis tout près de lui. Tout comme je suis tout près des êtres les plus proches de moi, je suis tout prêt de mes proches et pourtant nous sommes tous très loin comme des météorites ou des comètes qui existent au fin fond du système solaire. Les êtres que je connais on les appelle mes proches et ce n’est pas pour rien, c’est qu’ils ne semblent guère êtres éloignés alors qu’ils filent hors d’eux-mêmes à plusieurs unités astronomiques de moi. Ils sont même parfois à des années lumières parce qu’ils voyagent en eux aussi loin, ils sont à des années lumières de leur corps et donc ils ne peuvent se sentir vraiment. Personne ne peut se sentir, surtout les êtres les plus proches de soi-même, et eux pensent aussi vous sentir alors qu’ils ne peuvent pas vraiment vous sentir. Personne ne peut vraiment se sentir au fond du fond, car ils ne se sentent pas déjà eux-même. Ils ne sentent pas leur intérieur tout comme ils ne peuvent sentir non plus le soleil. Moi non plus je ne peux sentir le soleil. On ne peut pas vraiment sentir le soleil, alors qu’il est pourtant fait de matières que l’on connaît intimement. Toutes ces matières qui brûlent dans le soleil nous entourent et nous traversent même. Elles nous respirent plus que nous les respirons. L’oxygène provient par exemple du cœur même du soleil, il a été inventé à l’intérieur de cet astre et pourtant le soleil ne le sent pas, pas plus que nous. Nous ne pouvons pas sentir l’oxygène et pourtant nous le respirons. Nous avons du mal avec nous-mêmes alors nous nous éloignons de peur de n’avoir plus à se sentir du tout. Nous ne savons rien faire avec l’oxygène à part le respirer, tout comme nous ne savons même pas fabriquer de l’eau. L’eau et l’air nous traversent continuellement et pourtant nous restons secs. Nous sommes sans aucun doute les êtres les plus secs de l’univers tout comme la Terre est la planète la plus sèche du système solaire, car nous ne sommes déjà pas de nous-mêmes. Nous voyageons hors de nous-mêmes sans nous retrouver dans quelqu’un d’autre. Nous sommes dans un espace lointain tout comme le soleil qui lui se trouve dans les vents qu’il sème au loin. Le soleil se trouve dans les vents lointains qu’il sème ici et là dans l’héliosphère et nous aussi nous lui ressemblons. Nous sommes faits des matières qui ont été inventées dans le soleil et nous avons une sorte d’héliosphère à l’intérieur même de nous. Nous sommes détenus par un genre d’héliogaine qui nous éloigne des autres. Les autres pourraient être vraiment les autres c’est-à-dire quelque chose d’inconnu qui arriverait à se sentir. Si quelqu’un d’autre arriverait à nous sentir c’est qu’il serait cette fois vraiment quelqu’un d’autre. Il nous faudrait à chacun de nous une sonde pour voyager à l’intérieur de chacun de nous et constater à quel point nous sommes chacun de nous très loin de chacun de nous. Il y a l’expansion de l’univers et il y a l’expansion du nous hors de nous. Plus jamais les autres ne nous retrouverons. Le soleil ne sent pas ni nous. C’est ce que nous prétendons. Nous ne nous sentons pas car nous sommes traversés de matières qui ne se sentent pas non plus. Personne ne peut plus se sentir dans l’univers. L’oxygène fabrique de l’eau avec l’hydrogène et l’hydrogène part de chez nous tous les jours. Tous les jours nous perdons de l’eau et tous les jours la vie s’assèche en nous et tous les jours le soleil envoie des vents tout partout. Le soleil se projette très loin de lui et nous avec, jusqu’au choc terminal. Le choc terminal avec nous-mêmes n’existe que par la mort. Il nous faut le choc terminal pour nous sortir enfin vraiment de nous-mêmes. Et c’est grâce à la mort que nous pouvons enfin nous sentir. C’est grâce à la mort que je concède à me connaître, par retour de bande.
Dès que je me vois avancer dans la vie je déprime. La vie me déprime. La vie c’est-à-dire le texte. Dès que je m’enfonce dans un texte, ça me déprime. A cause de la vie. La vie c’est-à-dire autre chose qui m’entoure. La vie qui entoure mon texte. Cette vie-là parfois je la rejette car je veux vivre dans un texte. Un texte seul. Mais le texte ne convient jamais seul. Il ne va jamais assez au bout. il ne m’enfonce pas suffisamment dans l’existence. L’existence de moi dans un texte, c’est-à-dire ma parole. Une parole qu’on rêve, comme quand on rêve de la vie. Seuls les morts pourraient vraiment rêver de la vie. Seuls les morts pourraient dire ça me botterait d’être en vie. Seulement les morts ne rêvent plus de vivre. C’est seulement nous qu’on rêve. Et on rêve d’un langage pour la vie. Qui s’adapte à la vie. Une certaine vie. Celle qui s’enroule en nous, telle une vis sans fin. La vis sans fin d’un texte. Et pas la vie entourante. La vie en tournante et qui nous tourmente. La vie qui file droit et nous fait penser à la mort. Car aujourd’hui je ne suis pas mort. Pas encore. Je suis encore en vie dans ce quotidien. C’est le quotidien qui nous fait vivre, c’est-à-dire nous entasser dans la mort. Encore une journée où il faudra se lever. Et on ne se lèvera qu’après avoir bien rêvé. On rêve du langage qui serait vrai. Et il l’est puisqu’on l’a rêvé. On l’a vu comment il s’agitait vraiment en nous. Quand nous partions en roue libre. Seul ce qui se dit peut démarrer ainsi sa journée. Avec le moteur à parler dans la vie. Seule la vie de ce qui se dit s’amuse ici. Ce qui se dit dans le nul de nous. Et nous pas. Nous on traînaille dans nos textes, comme dans un pieu. C’est un gros pieu la vie textuelle qu’on entasse. On s’enfonce le pieu en nous pour se dire qu’on va y arriver, on va se sortir du quotidien pour rêver un peu moins mal. Un peu mieux moins mal lu ce jour. Hier c’était bien plus pire. Hier je n’ai pas sorti une ligne dehors. Un orteil de pensée hors de moi. Hier j’ai rêvé du boulier et j’ai vécu comme un boulet. Le boulier magique où les mots pleuvent dedans. Les signes ça roule tout seul dans un billard à mille bandes. C’est la magie de la poésie dans nos têtes. Seulement on se retrouve avec notre quotidien. Notre quotidien petitement tué par nos textes.
Nous n’écrivons pas dans la rue, en marchant, ou en conduisant. Nous ne sommes jamais sur la route en sifflotant de la poésie. Nous ne poétisons pas en parlant et en marchant. Ou discutant le bout de gras sur un pied de porte. Nous n’écrivons pas en jardinant ou en rempaillant. D’ailleurs on rempaille plus de nos jours. On n’écrit plus non plus, tout en fumant du gris ou buvant un godet. Ou en se battant comme des chiffonniers. En se traitant comme des chiens, jurant comme un charretier. Nous n’écrivons plus en courant comme un dératé pour prendre le car. D’ailleurs on ne dit plus le car, on dit prendre bus. Et dans le bus on n’écrit pas non plus. A la rigueur dans un train, mais dans un train on ne dit plus train. Nous n’écrivons plus en piaffant, ou en rigolant. D’ailleurs on ne rigole plus nulle part. Même au cinéma, encore moins devant la télé. On ne se bagarre plus au théâtre, on n’y va plus, ou alors pour faire le malin. Nous écrivons pour faire le malin. Le mariole. Pour faire bien, comme tout plein. Tout plein qui s’y mette pour y rien commettre. Nous nous croyons d’une race supérieure, celle qui fout plus rien. Qui n’a plus rien à dire, ni prouver, sauf à soi-même. Nous n’avons plus de soi-même, nous sommes brouillés. Nous sommes ébouillantés dans la vie même. La vie qui afflue sans nous. Même la vie n’afflue plus, ou ailleurs, dans les lointains. Le lointain qui nous regarde de biais, le passé qu’on zieute avec mépris. On est tellement hautains avec nos lointains. On s’y mettra pour plus tard, quand on n’y sera plus. Nous n’écrivons plus que pour avoir pignon sur rue. Pour donner son avis, ses commentaires tous les jours, dans le grand bain quotidien où chacun a son mot à dire. Mais il n’écrit pas le chacun. Le chacun est chafouin c’est tout. Il chafouine et baragouine. Il n’écrit pas, il est versatile. Il poursuit sa propre haine de lui, à travers l’autre. L’autre et son double au gras. Sa doublette comme aux boules. L’autre est en soi et il a bien les boules. On n’écrit plus parce qu’on a faim, parce qu’on a soif, ou alors pour régurgiter les maigres propos. Plus rien qui passe dans le trou à tarte. Tout nous est retenu et on retient rien de nous-même. Nous-mêmes en trop, dans un devenir de trop, face à l’espace en trop. L’espèce d’espace dépecé. Nous avons trop déprimé la vie même qu’elle nous déprime en retour. Ça nous revient dans le nez. On ne sait pas quoi faire pour se regarder en face. Avant on avait les miroirs. Maintenant on a loué plein de glaces. On est dans la ligne de mire. Mais personne nous voit. Ça nous fait enrager. L’autre se regarde trop en nous. Il a trop de vues de nous-mêmes en lui. L’autre en peut plus. Il veut rester tout seul. Il regarde ses écrans, il se craint dedans, en plus on lui a prédit qu’il serait à cran, qu’il aurait sa minute personnelle. On lui a dit que ça serait son heure. Il aurait son temps. Personne n’aura gagné, tout le monde sur la même ligne, à végéter, en attendant et après pire. Pire que soi-même on fait pas mieux aujourd’hui. Aujourd’hui on n’écrit plus. On est trop fatigués. On baigne dans la saleté humaine. On reste là à flotter, parmi les restes d’humanité. Plus rien pour se couvrir un temps soi peu. Plus de petite laine à se mettre alors que les temps sont couverts. Critiques. Qu’on va tous y passer. Grandement temps de disparaître. De plus écrire le iota d’une pièce. Un dramaticule. Plus qu’un monticule marronnasse sur lequel pérorer, c’est-à-dire exister, jusqu’à la prochaine désintégration. La future solution finale animaux et plantes compris. Et les cailloux avec. Tout passer à la moulinette, même les liquides et les cieux pareils. Plus rien voir passer dedans ses propres yeux. Pleurer mais le regard sec. Sans l’écriture qui nous en chie une pendule. Plus d’heure ni finition. Tout ça au trou, aux oubliettes. On a fait notre temps, notre race d’invincibles a vaincu, surtout l’invincibilité. L’indicibilité. L’imbécilité partagée. La docilité est pour maintenant. A nous la niche. A nous les doudous et qu’on la ferme. Ou alors il faut se détendre. Se laisser aller, sommeiller. Prendre son parti de laisser venir. Tomber par terre et ne se relever que par la pensée. Le cerveau seul qui turbine. Qui rigole. Qui s’emporte dans sa pauvre tête. Comme dans un tombeau. Seule dans le crâne que ça continue d’écrire. Seulement la cervelle qui s’emballe pendant que le corps flanche. Tout corps devrait flancher devant l’écriture. Tout corps devrait tendre à disparaître, pour laisser place au chant. Le chant pur. Et la distraction. Seulement dans la tête. Seulement voir des étoiles, des chavirements. Des fusées qui partent pour aller nulle part. Dans la seule nuit noire. Seulement les mots franchir le mur du son et brûler, voilà ce qu’on doit laisser venir. On doit plus penser avec le corps, avec les mains, avec la bouche. On doit sourire, rester béat d’admiration, face au feu d’artifice. Se laisser gambader, se laisser vautrer, sauter. Passer le mur du son qu’avec ce qui se passe en nous. Dans le secret. Le langage béant. Tout sourire avec son tout seul. On le voit quand on dort. On voudrait en aligner que deux phrases. On voit bien que les mots s’entremêlent. Ils signent la défaite du sens. On veut les prolongations. C’est pour ça que nous poétons. Nous poétons jusqu’à teutheure parce que nous voulons retrouver l’état du corps fameux. Le vrai corps de nos vies enflammées. Nos météorites. On veut regarder comme ça se met en boule. Il s’agit de petits cochonnets lancés en l’air. Ou alors des carrés qui tournent. Des cubes qui s’agitent. Et ça nous fait spectacle. C’est ça qu’on veut retrouver. On veut le neuf de ce langage de vieux qui nous a refaits. Toujours on a été refaits par les mots. Toujours on a su aligner que deux phrases. Deux vers dans une même phrase. Même pas deux vers, juste une chansonnette. Le petit refrain tout bête de la chanson globale. Un chant sans langue. Une langue musicale sans partition. Pas d’écriture, juste un défilement étourdi. C’est ça qui nous a surpris. Qui nous met en bas du lit. Et qu’on veut déclamer. Mais ça se déclame tout seul, sans même nous. Nous on est que des suiveurs, des besogneurs. On sait pas par quel bout commencer. C’est comme voir un boulier s’agiter tout vite. Sans aucune main, sans même un esprit. Un boulier qui tourne fou furieux. Une parole faite de chiffres. Des bâtons par millions et ça se déroule tout seul. C’est magique. C’est la poésie magique qu’on voit respirer par nos têtes. Et il suffit qu’on intervienne et tout est déjà recouvert. Rabougris. Tout est vieilli de sens. Tout est bon pour le parler de porte à porte. Et des portes cadenassées. Tout part au coffre. Mais rien qui fait des ronds dans l’eau, traverse un rideau. Rien qui fait l’oiseau dans nos maisons. Tout reste sur le papier, englué. Et le tout c’est le rien. Le rien qui nous vient et nous fait tenir. Espérer. Trouver la poésie vraie. C’est ainsi. Pire que des truffes. Avec nos écrits bestiaux. Nos sales traces de pattes d’écrivains. Nos petites crottes dans l’Écriture. Nous ne sommes que des porcs face à la poésie.
J’avais un cœur, vous aviez le mien. C’était mon cœur et il était vôtre, totalement et moi, moi J’avais aussi ce cœur, c’était à vous, totalement et vous, vous étiez à moi et moi totalement aussi. J’avais échangé le vôtre pour le mien, voilà tout : Cœur pour cœur, épée contre épée, je ne sais pas. Pourquoi je dis ça ? mais reprenons : Cœur pour deux, deux en un. Un pour tous et tous pour un, on se saignait ainsi, des quatre veines. Mon cœur pour n’être plus. Plus qu’un seul dans les deux, deux mélangés, consignés, consommés, puis vidangés, repris mais pas échangés : on ne savait plus qui avait le cœur de l’autre à force. Mais vous, vous avez voulu que je vous le rende, impossible ! Le mien était dans le vôtre le vôtre dans le mien. C’était à couteau tiré, il fallait fendre : les deux pour se retrouver, un peu, seul en soi, soi sans le cœur. Cœur de l’autre, mais aussi sans son sien. Mon mien de cœur, chamboulé en vous et vous, le votre de cœur : balloté par moi, bonheur après bonheur, comme des bosses. Les dos d’ânes sur la route : des cailloux dans vôtre cœur. Il fallait le rendre impec et le mien : avec. Tous deux pourtant bien cabossés, j’avais l’impression d’avoir perdu le vôtre et tout en le perdant : je perdais ainsi le mien. Qu’avez-vous fait de mon cœur, vous ai-je demandé. Mais vous n’avez pas demandé votre reste : vous aussi étiez sans cœur. Qu’avez-vous fait de nous vous ai-je alors quémandé et vous : vous me répondiez : et vous ? Qu’avez-vous fait de nous, de nos cœurs séparés. Par la feuille. Celle du boucher, c’est ça ? Vous l’avez donc coupé ? tranché ? L’avez-vous haché menu, comme le fruit défendu ? Ce fruit partagé, et la fleur de l’oranger ? Et l’encens, la couleur ? Vous qui l’aviez mis à nu, comme ce pauvre enfant qui naît. Il fut promptement éjecté, alors s’est enfui, eh oui ! Délaissé des entrailles de sa mère. Il n’aurait pas voulu naître aussi vite. On l’a arraché de ce tendre repos, il a dû partir de lui, c’est-à-dire d’elle, mais moi ? C’est moi qui ai désiré vous donné mon bien. Et vous pareil, vous avez accouché du vôtre, avec consentement, comme si vous donniez votre sang et moi ? Moi vous m’avez vidé de tout, comme l’enfant qui prend tout, sans demander son reste et s’en va vivre sa vie, loin du bonheur : et il le regrettera ! Il le regrettera ainsi, toute sa vie ! Le cher cœur, d’être ainsi parti, sans même se retourner. Ce cher cœur ingrat qui maintenant fait sa vie hors de moi.
D’après Marcelline Desbordes Valmore
« Qu’en avez-vous fait ? »
Il chante. Il connaît bien la chanson. C’est un nouveau chant devant ses amis. Philippe S., Eric R., Philippe M.. Il y a aussi Christine D. qui le regarde chanter dans la cour de récréation. Il joue du violon, puis de l’accordéon. Il sait tout jouer. Tous les jours il chante une nouvelle chanson, soit dans a cour de récréation, soit dans la salle de musique, parfois même en permanence devant les élèves et les pions. Il chante et il pense pendant qu’il chante. Il sait que Christine le regarde, ensuite il ira la voir. Il lui demandera si elle aime bien. Il lui dira : - toi t’aimes bien ? Elle lui dira : - Oui, j’aime bien. Et toi, t’aimes bien ? Alors il lui dira : - Oui, moi j’aime bien. Et toi, t’aimes bien ? Elle : - Oui, vraiment bien ! Puis il se tiendront la main en marchant doucement dans la cour de récréation. Pendant le chant il y avait des profs qui regardaient aux fenêtres durant leurs cours. Il y a des profs qu’il aime bien, mais pas beaucoup. Il y en a beaucoup qu’il n’aime pas. Il aime bien certains profs quand même. En tout cas, il en aime bien un, et c’est son frère. Son frère donne des cours de français alors lui il l’aime bien comme prof. Il aime bien ce prof-là avant tout parce que c’est son frère. C’est parce qu’il aime bien son frère qu’il l’aime bien en prof, sinon il ne l’aimerait pas car il le trouve trop sérieux, sourcilleux, avec sa grosse voix qui tonne et fait peur aux élèves. Il fait celui qui sait tout, même à la maison. Même chez eux son frère prof s’y croit toute la journée. A la maison son frère le prof a voulu regarder une émission sérieuse et sourcilleuse, alors il a changé de chaîne sans lui demander. Il regardait les jeux de l’été, avec Guy Lux et son frère le prof a changé de chaîne sans même lui demander. Il n’aime pas les profs de toute manière, c’est pour ça qu’il chante tout le temps pour éviter de subir leurs leçons. Même en cours de français il se propose d’aller au piano, plutôt qu’au tableau. Il va jouer du piano pendant la dictée. Il dit : - Je fais moins de faute que vous. Il dit ça au prof qui s’y croit. Et le prof c’est son frère, mais il préfère le vouvoyer. Il lui dit : - J’en connais un rayon sur la vie. Je connais l’entre-deux. Je ne veux rien connaître d’autre, car je connais tout. Je connais le passé et je connais le présent. Et le présent n’est qu’un entre-deux. Et je ne ferai pas de dictée dans les entre-deux. Je ne retiens que la colère dit l’élève, mais j’ai tort. Je dois retenir le chant de la colère, pas juste la colère, pas juste le nœud colérique, la rage pure, mais l’enveloppe, mais la pelure de cette colère. Je dois avant tout retenir ce qui guide la colère. Le nerf de la colère, je dois y aller. Aller à la pure colère, à son chant, c’est ça la vraie centralité. La colonne dorsale de la colère. Pas juste le cri, la douleur, la haine. Je dois haïr, mais avec lucidité, dit l’élève. Je ne dois pas aller aux bruits, aux mouvements, je dois aussi peser cette colère, la regarder avec les yeux du dedans, aller à la paix à l’intérieur de cette colère, trouver le noyau de toute colère et faire péter l’école pour des millénaires.