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le tarmi

j’ai tout fait le tarmi

même le Q.D j’ai fait

dans ma vie c’est comme si

on te mettait dans un trou

t’étouffes tu fais tu vis

dans un trou c’est ça

le tarmi ou Q.D on te jette

un matelas une gamelle

et on te benne dedans

comme dans un cimetière

tu es parmi les suicidés

les anciens & les futurs

à bois d’arcy bagarre

dans les couloirs

soulevé jeté fermée

la porte et après j’ai vu

c’est ouf mandat de dépôt

pour tentative de meurtre

deux bagarres en promenade

suis passé au prétoire dix jours

ferme moi j’arrive en tee-shirt

direct au mitard là monsieur

vous avez trop fait là ils m’ont

tué gros incendie dans ma cellule

ils m’ont mis en confinement tout

plus rien mes cantines qu’une bouteille

d’eau deux fois quinze jours

mentalement tu es dans une prison

c’est le cimetière des vivants tes vêtements

nouveaux qu’on te dépose

comme des fleurs sur ta tombe

quand tu sors en promenade tu vois

d’autres détenus mais au Q.D

tu vois que toi en face de toi

et le temps qui bouge pas

une boîte d’allumettes tu joues

avec tu écris un crayon puis la douche

une heure pour faire durer mais rien

n’avance même la nuit

reste sur toi c’est la nuit

nulle qui dort sur toi et toi

tu regardes le rat car le rat lui

il va il vient on envie

le rat c’est pas toi car toi

tu meurs au milieu de toi.

le père la nuit

Le père la nuit se réveille en sursaut. C’est sans doute la mère qui le réveille en se rendormant, car elle a tiré sur les couvertures tout en se retournant et le père a pris froid. Le père se retourne alors pour caresser la mère, mais la mère se met à geindre et à grogner. Alors le père comprend que ce n’est pas le moment et se retourne. La mère se retourne à son tour car elle pense qu’elle a sans doute trop geint ou trop grogné. Elle s’approche du père et veut l’entourer avec son bras. Le père ne bouge pas d’un iota. La mère s’approche encore plus en se collant au dos du père. C’est après s’être collée à lui qu’elle lui demande si elle peut se coller à lui. Elle entend alors une sorte de grognement provenant du père et l’interprète comme un oui. Elle se colle encore plus fort au père et lui prend sa seule main disponible en la tenant fermement. Elle sent que le père résiste car le père boude. Elle tente de s’endormir sur le dos du père, mais le père veut rester éveillé grâce à la bouderie. La mère tente de maintenir bien serrée la main du père qui se dérobe pour attraper un truc hors du lit. Sa main fouille ainsi l’air, seulement il n’y a aucun truc à attraper, alors le père remet sa main dans la main de la mère qui la serre immédiatement très fort. Puis ils font semblant de dormir. Mais le père n’arrive toujours pas à dormir, alors il enlève sa main et la projette dans le vide pour attraper à nouveau quelque chose. Il finit par prendre une bouteille au vol et parvient à s’extraire du bras de la mère et se lever à demi découvert pour boire au goulot de la bouteille. Puis il se remet dans sa position initiale pour que la mère s’agrippe à nouveau et s’endorme. Puis la mère, n’en pouvant plus lui claque un bisou dans le dos et se retourne. Le père ne sait pas quoi faire, il tâte encore hors de son lit, sur le sol cette fois, pour trouver quelque chose et finit par saisir une lampe frontale. Il enfile le bandeau élastique autour de sa tête, se lève, allume le phare et part dans la nuit.

 

 

le noeud du problème

Pourquoi vous avez des problèmes ? j’ai des problèmes parce que lui pose des problèmes, il y déjà un gros problème à traiter chez lui, mais il ne veut pas le traiter sans moi, il faut que je sois là, que je sois à l’intérieur de son problème, que son problème devienne le mien, que je sois en fait son problème, c’est ça le problème, alors que je ne suis pas son problème, son problème il est à lui seul et c’est à lui seul de le gérer. Mais vous aviez déjà un problème avant ? Vous saviez dès le départ qu’il vous poserait problème ? Vous étiez au courant de son problème à la base, non ? Oui j’ai épousé un problème effectivement mais je pensais le résoudre, je pensais être assez forte pour diminuer le problème tout en le remplaçant. Vous vouliez le remplacer lui ? Non, je ne voulais pas le remplacer mais je voulais prendre part au problème, mais en fait ça n’a fait que multiplier les problèmes, car je me suis senti devenir un problème. Vous pensiez qu’en remplaçant le problème par un autre vous n’auriez plus de problème ? Je pensais que si je partageais le problème, que si j’en faisais un co-problème on aurait moins de problèmes. Mais vous vouliez faire quoi dans le problème qui était le sien ? Je voulais faire en quelque sorte table rase du problème en l’exposant, en le décortiquant, en sachant comment nous orienter dedans et vider les lieux du problème pour qu’il n’en soit plus un. Mais le problème, vous voyez, c’est comme un bois attaqué par la mérule, après c’est tout l’édifice qui a un problème et pas seulement le bois de contrefort qui se trouve sur le balcon. C’est un problème qui menace toute notre charpente maintenant, alors je lui ai dit de se mettre à l’ouvrage, mais il ne semble rien faire pour que ça change. Et vous, vous pensez vous créer d’autres problèmes ailleurs pour que quelque chose change chez vous, dans votre manière de fonctionner avec le problème ? Vous avez en fait dit : Il y a un problème entre nous alors il faut que j’aille régler ailleurs les problèmes, mes problèmes ? Ou les siens avec ? Non je n’ai pas pensé à régler son problème mais je suis allé voir ailleurs pour régler mes problèmes. Vous avez donc des problèmes ? Oui j’ai des problèmes, mais c’est à moi de les régler, je règle tout problème, mais c’est que lui vient dedans pensant non pas régler mon problème mais le prendre pour lui avant que j’ai le temps de penser à lui, je veux dire à mon problème. Je n’ai pas le temps de penser au problème que déjà il l’étale tout partout et le fait sien, alors que moi j’aimerais vraiment régler mon problème pour moi seule. Mais quand il vous a demandé, après que vous deviez régler votre problème, que vous étiez partie pour régler ce problème, Est-ce que tu as pensé à ton problème ? vous lui avez juste dit : De quel problème tu parles ? Oui, j’ai dit cela car je ne pensais pas régler mon propre problème en cinq minutes. Il va me falloir du temps et je n’ai pas fini de régler le temps. Le temps du problème : quel longueur il a, quelles longitude et latitude, je ne sais pas par quel bout prendre ce problème, car mon problème c’est de faire des problèmes avec ceux qui ne sont déjà pas les miens, il faudrait que j’attaque le mien en toute tranquillité, en silence, dans mon monde muet, car j’ai besoin de paix pour ça, de paix et de silence et lui il fait trop de bruit avec son problème, même quand il dort il est bruyant de problèmes. Il bruisse de problèmes, et alors moi je lui dis que je voudrais faire problème à part. Mais si vous faites ça c’est le début des problèmes, non ? Oui, en tout cas c’est ce qu’il pense, il pense que ça ne va pas régler le problème mais qu’il va y avoir un autre, un autre que lui, que je vais penser et vivre avec un autre problème que lui. C’est là tout le problème, c’est de faire un problème alors que le vrai problème c’est pas d’aller voir d’autres problèmes, c’est pas de dire : Tu as un problème, alors je vais créer d’autres problèmes, même si c’est lui qui doit soigner son problème, car le problème que vous mettez c’est un problème tout autre d’après lui, d’après lui vous posez un problème insurmontable entre vous deux, entre vos problèmes, comment voulez-vous après que ça fonctionne si vous rajoutez des problèmes au problème ? Je ne rajoute rien, je suis dans mon problème que je dois régler tout comme lui il doit régler son problème et c’est comme ça que le Nous problématique peut revenir.

La voix, c'est notre accident

j'ai tous ces frères qui parlent comme moi, le même accent, les tremblements dans la voix, ces bizarres intonations qu'on possède, pour montrer qu'on ne possède pas, même ma soeur à cette voix qui redoute l'air tout autour, qui met du temps pour avancer, comme un âne qu'on voudrait sortir de l'enclos. Rien à faire le baudet est réticent, il ne veut rien fréquenter, ne pas user sa salive dans le monde courant. Rester à l'intérieur de sa propre voix, ses vacillements. Ces mêmes façons de s'écrouler à chaque moment où on avance une idée, et puis des silences trop long qui font croire qu'on réfléchit alors que parler nous a déjà démoli la cervelle.

Corps d'habitudes (notes pour l’Écriventure)

Notes sur l’Écriventure

Per-Jakez, le narrateur dit à la naissance du personnage, que c’est comme l’explorateur, alors qu’en réalité il s’agit de l’écrivain breton. Il y a ainsi une perte de mots, de désignation correcte, à l’opposé de ces mots que l’on désigne tout au long du livre il y en a aussi pas mal qui se perde dans la bataille du langage.

Per-Jakez c’est avec ce personnage qu’on passe à un autre niveau, ou un autre moment véritablement dans le livre. Per-Jakez, puis Lou Ravi, incarnent différentes choses, Pez-Jakez bien sûr c’est la Bretagne, mais aussi les familles du Nord le monde ouvrier, mais aussi les rêves en tant que flic que peut faire le personnage (quelqu’un dans la gendarmerie était surnommé ainsi). Per-Jakez c’est lui qui reprend l’enquête à son compte.

Ce qui convient c’est aussi d’épuiser le langage par moment, d’aller à sa perte, de partir de Per-Jakez, de ses souvenirs, de son enfance et puis de parcourir le langage sans plus réfléchir.

C’est comme ça que j’écris mes textes, sans savoir quelle direction prendre, être avalé par la parole, ne plus savoir si ce que je dis est réellement correct, réellement censé, si ce que je dis conduit à l’éloignement de la fin, c’est ça qui importe : s’éloigner de la fin du texte. Je lutte contre la fin du texte, l’écriture c’est ça, c’est trouver le moyen de continuer, de poursuivre la lutte contre la fin du texte.

Et donc en fait il ne faut pas se tromper de chemin, on prend de bonnes ou mauvaises options. Parfois il m’arrive de prendre une mauvaise route et c’en est fini de l’écriture, je suis dans une impasse, il y a des congères, la route est bloquée et j’ai du mal à faire demi-tour. Ça ne sert à rien, le texte est bon pour les oubliettes.

Ce qu’il faut c’est ne pas se souvenir de l’écriture, écrire loin de son corps, son corps nourri aux habitudes de la vie, de la vie du quotidien, son corps du quotidien, son corps qui n’a plus d’oreilles, qui n’a plus de cœur, n’a plus le souffle de l’écrit dedans

Et donc parfois je ne me souviens pas, quand je reviens au texte, je me souviens pas d’avoir écrit tel ou tel bloc de texte, et même je ne le comprends pas, parfois, c’est pour ça que parfois je le découpe non plus en prose mais en vers. Mais ce n’est pas du vers libre, c’est de la prose découpée pour mieux piger ce que j’y dis ! Chaque mot, chaque répétition même, sont importants, tout ça dit quelque chose avec le souffle dedans qui dit aussi.

Car ce que j’y dis, je l’ai dit avec un autre corps, pas celui avec lequel je le lis maintenant

Ce corps totalement bouché, ce corps de cérumen qui m’empêche vraiment de m’envoler dans la logique pure du texte, dans sa pensée interne, celle qui le tient debout, c’est comme l’équilibre interne, l’oreille interne qui maintient la station debout sans tomber. Il faut lire avec le corps debout, vivant, dans son écriture.

C’est pour cela que la performance est importante, car le corps fait passer toute l’épreuve au texte. Le corps comprend le texte. Le corps est sa logique. La bouche ponctue le texte mieux qu’avec les doigts. C’est toute une machinerie l’écriture et le final c’est le livre, mais c’est aussi une publication à l’oral, un travail vers l’oralité.

Il a plusieurs publication le texte, mais bien sûr sa principale c’est l’aventure livresque. C’est là où l’autre, le lecteur, peut trouver sa lecture, sa parole dedans, se faire entraîner par un texte mais y trouver son rythme à soi. Moi je pense qu’un vrai et bon lecteur peut trouver sa voie propre dans mes livres (sans m’avoir entendu).

Ce qui est important aussi c’est le brouillon.

C’est l’apprentissage par le brouillon, le non savoir qui se développe par l’apprentissage, le divertissage, pas le divertissement mais les divers possibilités, tisser les possibles, aller ici ou là ne jamais se maintenir comme le font les poètes

Les poètes font durer la poésie mais loin du brouillon, de l’inconnaissance, de la jeunesse

Ils veulent enfoncer le trait (dans la ligne)

Et ils finissent à s’enfoncer dans des fauteuils

Ils demeurent assis dans leur connaissance de la poésie

La poésie ça devrait être : Je touche à tout, je produits tout,

C’est comme quand apparaît une écriture, un style, une vue de l’autre

C’est comme un enfant qui dessine, c’est ça qu’il faut à la poésie et non des maîtres

Des savoirs sachant

Le poète doit être opposé à la poésie, il doit fonder sa colère, bâtir sa rage sur les restes fumants de la littérature.

On a des maîtres, on a des morales, on a des serruriers de la poésie

ils ouvrent toutes les portes mais elles ont déjà été ouvertes

C’est des spécialistes de la morale en fait, alors que la poésie c’est le rire, mais pas le rire de je rigole, c’est le rire de la phrase, de comment échapper à elle, comment détourner la conversation, le parler, comment faire la girouette avec la langue, la tourner, faire la toupie, trouver des jeux mais pas pour adultes, pour groupes d’adultes qui s’ennuient et font des stages, des ateliers, des groupes de retraités les poètes.

Et qui veulent créer

Le problème c’est la création, les centres de création, les discours de ces centres de création qui font en fait devenir le langage absolument pas drôle, pas inventif, pas explosif, la langue qui ferait exploser les verrous en fait, l’écriture qui serait comme un détournement, une attaque, une agression du lecteur, comme Artaud et ses glossolalies, des choses qui se dressent de la page, des couteaux qu’on pointe vers les yeux du lecteur.