Les hommes la mère ils sont tous venus la voir. Ils ont cru qu’elle allait tout faire. Et elle a fait la mère. Elle a même tout fait. Les hommes ensuite ont disparu et elle est restée. La mère elle a continué à faire la mère, longtemps après eux. Eux ils sont tous partis, puis les femmes aussi. les femmes qu’elle renvoyait dans leurs pénates. Et les hommes qu’elle a envoyés sous terre. Et les femmes qu’elle faisait manger, boire. Et fumer. Tout ça a dégagé et elle a continué, bon an mal an la mère, à trucider la vie. En étant au service de tous. Tout le monde a réclamé son dû. Et elle a donné, elle a tout permis. Qu’on vienne chez elle, affamés, et qu’on en reparte les quatre fers en l’air. Écœurés de tout. Qu’elle s’use ainsi à servir la mère, jusqu’au dégoût d’aimer. Qu’elle se crève à aimer pour toujours. À chérir du plus petit au plus grand. Du presque rien au grand mourant. Qu’on y vienne tous à sa table, pour y crever un jour. Et il n’y en avait jamais assez pour la mère. Alors elle allait voir les vieux, elle soignait les petites vieilles. Pour envoyé tout ça ad patres. Tout ça qui dégagera, Bon débarras ! Qu’elle disait. Elle le disait en dedans d’elle-même la mère. Jamais dehors, au grand jour. Jamais au grand jamais, disait sa sœur, son ennemie intime. Car dehors c’était mamie-bonheur. Mamie-gâteau. Mamie-cookies. Tout le monde l’aimait. Tout le monde se rassemblait autour de sa chair. Profitait du feu de l’amour. Le seul véritable dans tout ce froid existentiel. Jusqu’à en crever. Ils en ont tous profité. Même si, en fait, ils se détestaient avec toute la cordialité nécessaire. Et qu’ils l’auraient aussi laissée crever la mère, comme un chien. D’ailleurs c’est ce qu’elle disait toujours, quand une bouche s’ouvrait, et qu’elle enfournait un bout de marron dedans. Quand on veut plus de son chien, on dit qu’il est enragé.