Il n’y a plus d’époque. Il n’y a plus de lieu. Il n’y a plus qu’une fine tranche sur laquelle on pédale. Tout au moins on pétarade, pense le père. Car le père a pris la moto. Il emmène la mère dessus. Il a ainsi emmené ses fiancées sur sa moto le père. Une des fiancées le regarde pétarader sur l’A86. A86-A4 fluide. Il emmène aussi la nuit sa fiancée sur le périf. Elle regarde les bras nus du père couvert de poils blonds qui frisent au vent. Elle regarde aussi les mains du pilote enserrées dans des gants de cuir noir. C’est les gants de l’escadron. Le colonel demande au père ce qu’il fabrique. Qu’est-ce qu’il fabrique encore sur l’A86. Le colonel dit que qu’il n’est pas au travail. Le père n’arrive jamais à l’heure. Et l’heure c’est l’heure dit le colonel. Et après l’heure c’est plus l’heure dit l’adjudant. Le père pas présent au bureau à neuf heures tapates, le colonel l’a vu. Le colonel le sait. Devinez qui me l’a dit, dit le colonel. L’adjudant sourit. Un jour l’adjudant va se prendre l’ordi sans la gueule, pense le père. Un jour l’adjudant se prend l’écran en pleine poire. C’est un gros écran, il met sa tête dedans l’adjudant. On est de garde et le père garde ses rangers quand il s’enveloppe avec une couverture marron. Le maréchal-des-logis-chef est encore bourré ce soir. Le maréchal-des-logis-chef connaît le maniement des armes. Le maréchal-des-logis-chef a un gros nez et il respire lentement. Il explique le maniement. Démontage remontage du PA mac50. Démontage remontage de la grosse Bertha. Démontage remontage de l’AA52. Très facile pour le maréchal-des-logis-chef, et le Famas ? Il connaît tout sur le bout des ongles. Le maréchal-des-logis-chef dit des doigts ! On connaît sur le bout des doigts, dit le maréchal-des-logis-chef. Il parle lentement, posément. Il pose le Famas devant lui. démontage remontage du Famas, et la tête du Mickey ? Surtout ne pas oublier la tête de mickey ! dit le maréchal-des-logis-chef. Le colonel entre dans le bureau pour rigoler avec l’adjudant. L’adjudant est de semaine, c’est lui qui envoie le père au dépôt. Le bus entre par le portail du deuxième groupement avec les gens de l’escadron dedans. Ils regardent tous avec des têtes patibulaires, des têtes d’ahuris. Ils sont allés se baigner dans les mers du sud. Le sud global. Ils s’en tapent le coquillard du sud global. Ils sont allés réprimer une manif sur une île du sud global. Tout est pareil là-bas, qu’ils disent, dès qu’il y en a trois en grève c’est la révolte sur l’île, on les tient plus. Il faut plusieurs escadron pour réprimer les gens, disent les gens de l’escadron. Ils vont au Trois-ilets faire du squash. Le capitaine préfère faire du bateau. Le capitaine ne comprend pas ce qui arrive au père. Le capitaine ne reconnaît pas le père. Le père avance plié en deux à Schœlcher. Le capitaine s’achète le dernier cri question ordinateur. Le colonel vient rigoler dans son bureau. Puis c’est le moment de faire l’appel. Il y a les trois pelotons et le peloton hors rang. Le peloton hors rang s’occupe de la popote. Il y en a un du peloton hors rang qui veut se foutre à l’eau. Il joue de la raquette et fait rebondir sa balle de squash. L’escadron est logé dans un hôtel des Trois-ilets. Des gens de l’escadron draguent une femme de ménage. Il y en a un qui l’invite à la piscine. Au poste de garde c’est le silence complet, puis les gros bruits. Claquement soudain d’une porte. Passage bruyant d’un TP3. Ils n’ont pas de direction assistée les TP3, c’est pour ça qu’ils passent leur permis dessus les mono-galon. Le père son permis n’est pas converti au civil. La colonne des TP3 se forme, avec les méharis. Départ de l’escadron pour le camp d’entraînement Linas Montléry. Départ pour Sissonne. Rendez-vous au camp des Loges et à Mourmelon. Départ dans les silences et les gros bruits. Départ, pour le père, dans sa nouvelle affectation.
21 - 12 - 2025
Les gens d'escadron