Charles Pennequin et Armée Noire

Blog Armée Noire

 

 

ENLEVE TES LUNETTES

Dans

Texte lu au Triangle, Rennes, novembre 2001, en présence de Lucien Suel lors d'un dîner poétique où il m'avait invité. et relu récemment au forum Grimaldi, Monaco.

 

Tu vas parler maintenant

05/04/2014 - 14:13

 C’est qu’ils nous font chier les mots

Du premier au dernier jour ils nous emmerdent

Pour babiller c’est les premiers et c’est pareil pour compter

Mais quand il s’agit de bastonner les vieux clichés

De déjouer un mot croisé de cracher une vérité

Y a plus personne, c’est des planqués qu’il faut aller chercher

 

Mettre de la chaire dans les mots

De la chaire à canon scier les mots

Les ratiboiser les acculer ces rats

Leur faire cracher quelque chose leur faire avouer les mots

Ne leur laisser aucun répit

Une claque une tarte une beigne

Des allers-retours bien serrés

Ne pas les autoriser à respirer

A reprendre leur foutu esprit et leurs grands airs

Ne jamais les laisser nous empapaoéter

Dans ta gueule les mots

Fini de la ramener fini de se faire prier

Maintenant on vide son sac à bile

On dégobille ce qu’on a dans le ventre

On se met à table on s’attable et on cause

C’est qu’il faut que ça cause les mots

A cause que c’est fait pour ça, faudrait peut-être pas l’oublier les mots

 

Mais y a toujours un ailleurs y a toujours un autrui

Pour nous fourrer ses mots dans la bouche

Les mots de monsieur et madame tout le monde

Des mots désossés des mots dévitalisés

Des mots qui font le tour du monde

Pour ne rien dire pour ne rien vivre

Des mots-clef sans serrure ni porte

De simples mots qui se survivent qui poussent au vice

Des pousse au crime

Au voleur à l’assassin on m’amenuise on me claquemure

Des mots entre quatre murs

Des mots trop murs des mots blettes des mots bêtes

Qui nous salissent la bouche nous la bourrent de boue

Des mots à califourchon sur nos tronches

Qui nous privent d’air nous coupent l’herbe sous le pied

Des mots divers six pieds sous terre

 

Comme s’ils n’avaient plus rien à dire les mots

Comme s’ils n’avaient jamais rien eu à dire

Tout juste bon à se la péter à la radio à la ramener à la tévé

Faire un bon mot, faire la promo, le gigolo à la tribune

Pour jouer ou pour rimer sont toujours là les mots

S’exposer en rangs serrés, les marioles au défilé

Façon alexandrins et baragouins, ça ne mange pas de pain

Ca marche à petits pas à pas feutrés au pas cadencés

Ça papote à volonté sur tous les tons sur tous les fronts

Mais c’est la fronde, ça ne dit rien au fond

C’est qu’ils sont fiables comme pas un les mots

A force de les manier sans y songer, ils te pètent entre les dents tout disloqués

Et tu te retrouves à hoqueter façon dément

A glossolaler comme un dératé

A courir derrière ta pensée et rêver d’enfin les choper

Les faire sortir de leur terrier les mots

Les serrer bien près les étrangler et leur faire cracher leur foutu rot

Bons mots morts mots traîtres mots

Désaper les mots couverts les enfumer et les choper

Les violer les violenter les pervertir les disloquer

Les aligner les investir les travestir les dérouiller

Les dénuder les accoupler les introduire les altérer

Ces bâtards, les faire muter

 

Languide anguille langue de pute

Faut leur dire aux mots, faut leur dire

Mais pas avec des mots

Leur dire aux mots qu’on en a rien à foutre de leurs états d’âme

Qu’ils manquent d’éclat et de braises

D’étincelles de pulsion de crécelles de baston

Qu’on va cesser de se payer de mots

Qu’on va couper le flot, mutin mutique

Et qu’on aura le fin mot

 

Mot à mot bouche à bouche

Tu ranges

extrait de Comment les jeunes vivent, qui peut être vu dans son ensemble ici

et lire l'article concernant ces six mois passés avec des jeunes à Arras 

 

une curisoité

04/03/2014 - 00:29

Dans le dézerre erre le chameau à 2 bites

La bite la plus longue fait sillage sur le cul des dunes

La bite la moins longue

2 dunes en fesses raie sableuse

Le chameau court c’est beau mirage

2 bites la moins longue en vulve la plus longue pète-pastille

Dézerre en dézingage double a joui son joui

2 bites 4 réservoirs-couilles ça gicle à pression

C’est une belle machinerie 2 temps 2 pistons

Une bite de black en compar c’est hochet pour mouflard

Le chameau bibite = 100 Blacks taille baudet

Blatère fort le coco après vidange

Avec l’écho ça rend plus sourd les Touaregs que leurs branloches

Pas souvent hein que ça t’arrive

Chameau moche amocha le dézerre

Rase-dunes en bi-coït en mode bulldo

Nos amis les bêtes écarte-toi mon naïf

Ou ton fion distordu t’engloutira trou obscur

La dune trop tringlée s’affaissa

Une dune trop tringlée ça fait ça

Pouuuuuuuuuuuup plotch

Le fameux pet du dézerre

La pétoche du caravanier

quand j'étais petit j'aimais les gens.

12/02/2014 - 10:46

quand j'étais petit j'aimais les gens. j'aimais leur contact. j'aimais les nouveaux gens. ceux qu'on croisait dans le sud pendant les vacances. j'aimais leur sourire. leur accent. leurs paroles. je comprenais rien mais je les sentais. ils avaient tous une odeur inconnue. les femmes d'un certain âge avec leur parfum. même à leur pantalon je sentais tout ce parfum qui s'étalait. je croisais ces êtres et c'était la nouveauté des gens. les gens venaient à la maison. je découvrais de nouvelles tantes. des cousines éloignées. des amis de mes frères. il y avait des tas d'amis. et tout le monde avait le sourire. tout le monde chantait. racontait des blagues. faisait des sketchs. on ne s'ennuyait jamais où qu'on puisse aller. on dansait. on se déguisait en femme avec les oncles et on dansait. tonton gérard nous pelotait les seins et on rigolait. tonton aimé et tonton jean dansaient et on chantait et on rigolait. on voyait des gens tout près des baraques à frites. des joueurs de boules avec leurs femmes tout sourire et les dents qui dépassent. des gens tout le temps dehors. au pas de leur porte. sur des vélos ou à pied. les grosses mobylettes bleues et les farces continuelles. tout le monde parlait et rigolait. tout le monde était content d'être à la fête. c'était la fête continuelle des gens quand j'étais petit. tous les gens de n'importe quel endroit. les femmes et leur jupe droite. les hommes en pantalon tergal. les femmes qui tiennent des enfants. les hommes qui sautent au-dessus des plaques. au-dessus des vagues. ou des plaques. tout prêtait à rire. mes frères étaient parmi les braves gens qui riaient. tout le monde regardait les photographes amateurs. les gens sortaient des grottes. mettaient des chapeaux mexicains. tout le monde portait des chaînettes et des colliers à barbe. tout le monde a une belle montre. une belle chemise d'été. l'été les gens se promènent doucement. ils campent. ils n'ont pas d'histoire. ils font des barbecues. ils vont se baigner dans le fleuve. ou il se font jeter de l'eau par surprise. comme mon cousin qui pousse un cri. il a peur de l'eau. il est allergique alors mon frère et mon beau frère le jette dans le fleuve. on ne sait pas qu'il n'aime pas l'eau alors il est surpris. mais tout le monde finit par rigoler et se baigner. les gens se promènent. ils sont tranquilles. les gens font des collections de bêtes. mon frère attrape une mante religieuse. il y a aussi des papillons. la nature est partout. la lavande embaume tout le paysage. la 4L peine un peu dans les côtes. les villages sont tous accueillants. les courses à sac. les pommes de pin. les enfants se roulent partout où ils peuvent. on joue au sable. on trouve des bouts de squelettes. il y a des animaux partout. des moutons. des chevaux. des pâtures partout. des chemins pavés partout. la pluie est partout aussi. et puis le beau temps. les temps se bousculent. les gens meurent. les oncles et les tantes. tout le monde est mort ou à l’hôpital. la maladie. les lotissements. le bruit des tondeuses. les arbres coupés. la vie chère. tous unis contre la vie. toute notre vie nous passons notre vie. toute une vie à jouir.

nous gagnons à ne pas être connus.

quand j'étais petit le tour des gens sentaient bon et j'allais d'un tour à l'autre je tournais autour et tous les tours sentaient bon les gens tout sourire à des terrasses avec les verres pour l'apéro et les tucs ils riaient toujours de bon coeur il y avait toujours la bonne farce en préparation une petite blague de tonton gérard ou tonton aimé en préparation une petite farce pas méchante pour un sou et une chanson de marraine un petit air de tante fernande ou un sketch de tante francine et tonton henri et eugène qui rigolent en fumant du gris ou du bleu avec les cousins dans l'armée et leur poil au torse et les femmes en maillot de bain et tante marthe qui fait marcher tonton paul et mémé qui parle aux poules en leur jetant des graines ou les neuveux qui jouent avec des balles crevées et les frères qui s'allongent en souriant dans les transats

les cousins je m'en souviens qui parlent de rien ou d'un peu tout
qui parlent doucement et gentiment
d'un peu tout
du travail et du beau temps
et les frères qui les écoutent
avec bonhommie
et tout le monde marche paisiblement
dans les allées les chemins
et se fait prendre en photo le dimanche au retour de la messe
où mon frère m'a fait rire en faisant des grimaces
et lorsque le curé chante
allez dans la paix du christ
une joie monte en moi
c'est à nouveau la liberté
je vais monter la rue et le repas sera prêt
et ma soeur et mon beau frère seront à l'apéro
et le cousin s'allongera sous le petite table du salon
et se prendra une baffe

quand j'étais petit
il y avait plein de
bonnes odeurs
des odeurs de manger
et des odeurs
qui venaient
du vent des odeurs
des gens et de plantes
il y avait plein
d'odeur de pluie
tout avait
une bonne odeur
quand on ouvrait
la porte pour accueillir
les oncles et tantes
qui venaient conduits
par les cousins c'était la
fête je prenais mon
mini vélo je faisais
visiter les marais
du village et on rentrait
pour prendre l'apéro
et à la nuit tombante
les copains de mes
frères chantaient des
chansons de scouts

Solaire Horloge

30/12/2013 - 00:12

pourtant penser de si loin si près tu me touches de ton temps de rien de ton souffle à peine ébouriffant de tes yeux presque vus de tes mains une fois ou deux un petit moment pour faire passer ce temps dérapant rien qui ne ressemble de près ou de loin à quelque chose ni même à la forme d'une idée vague malgré les trous les ellipses les vides les peurs stratifiées les saletés les pensées les mots dits écrits les vérités multiformes le mensonge et les rêves une trouée un soleil et sa nuit en concave glissent à en perdre le temps

pas seulement quand on s'emmerde

27/12/2013 - 16:21

Je fais la liste

Des filles qui ont eu leurs règles avant 13 ans (dans les pays
développés)
Des cadeaux qu’il devient urgent que je me fasse
Des gens qui ont cherché à me faire du mal sans réussir
Des gens qui ont cherché à me faire du mal et qui ont réussi
Des pays où j’ai foutu les pieds (en gras ceux où j’aurais aimé
rester)
De mes plus grosses conneries (se limiter à 10)
De mes peintres préférés
De mes orgasmes les plus violents (va falloir faire des choix)
Des modes de torture les plus dégueulasses
Des comètes aux plus belles queues
De ceux à qui on doit se sent obligé d’envoyer des vœux
De mes plus mémorables hors-piste
De ce qui me reste d’important à faire
Rien que pour le plaisir narcissique de rayer et de valider
personnellement la réussite de mon action
Des infractions qui me donneraient bien de la jouissance
Des kystes qui squattent mon corps sans mon autorisation
Inutile pour me prouver mon pouvoir à me projeter et à
hiérarchiser et à conceptualiser et à m’occuper
Triste des occasions manquées
Gaie des occasions que je ne manquerai pas
Des femmes de mon entourage assez proche à qui
j’aimerais sortir des crudités telles qu’elles perdraient
immédiatement toute attirance pour moi

mon corps cette noyade (extrait)

26/12/2013 - 12:44

Il y a la morale dans les livres d'enfant.

Chaque matin nous cherchons, comme nous redoutons :
le levé du jour et les oublis de la nuit.

Des lettres de pouvoir, contre le pouvoir des mots, contre la parole, butter.
Contre rien.

Au coin de l'avenue les fenêtres moulées s'éffritent, à chaque pluie tombante,
des architechtures molles. 

Il s'agit d'écrire comme une suite de petites fins en soi.

Il y a le regard profond, perçant de ne rien savoir : mes mains sont faites d'instincts.

En parcourant les routes, en passant par le plus court, on cherche le voyage, le trajet s'efface.

-écrire, pensait il, c'est être déçu.

Les yeux, toujours ou encore, aspirent à ou la lumière;
nos ailes devenues cendres, chaire de poussière, comme un pfffft.
Passants.

Ses déclarations sans recepteurs, sa poésie morte. 
L'amour voleur-

Ils attendent
seuls ou par deux, seuls peut prendre un  s.

On voit bien qu'ils attendent, ils s'attendent et se tiennent, en bas, pieds nu, ils attendent la fin de la pluie ou du récit, une seconde main.
Ils s'y tiennent. Comme le déclin. 

Il regarde le livre, la couverture du livre, les mains froides, il secoue tout les objets qu'il trouve,
il les jette, il les casse, il les goutte.

Il affirme ne plus vouloir faire bonne figure, ni patience, ni patient, sans ordonnance.

J'ai dans le corps des émetteurs et des récepteurs - tout plein d'émetteurs qui envoient corps et âme - tout à tue tête dans cet enclave cet enclot de corps - qui balance qui projette qui susurre qui suinte fait suivre passe ou fait passeur dans un réseau terrible de nœuds de flux de circuits plus ou moins courts - j'ai dans le corps tissé tout un tas de nœuds de passements tout un nouage de rythmes d’envois et de rejets de brûlures s'en déplaçant de toute part dans chaque membre mon corps cette noyade éclate - dans chaque impasse à flux tendu à gros bouchon des acides émis des signaux de feux de signes de vie des aller vers le feux en surface des creux sous peau en surface des marres rouges vives rouges sang peau sèche cuite à l'acide reçu transporté par des cordes creuses dure tantôt molles bandantes ou débordantes ces trajectoires de braises irritantes reviennent à la surface grande la surface gratte quand le corps gronde bouillie de l'intérieur - il faudrait boucher tout ces récepteurs il faudrait diluer ce magma fuyant fourmilière du dedans récepteurs excitants douleur sans précédent c'est le bûché au centimètre carré s'en déplaçant j'ai dans le corps bien plus de routes et bien plus de lits et bien plus de bruit encore bien plus de courant qu'une surtension de trop plein où sa bouche à l'entrée où sa saute forcément des récepteurs par milliers postés comme des bases reçoivent un liquide piquant un liquide mordant une matière de rongé parcourant vaisseau par vaisseau en réseau de veine tout le venin fou cette liqueur qui pourrait me finir en un tas de centre - cette noyade me bascule dans le perpétuel - bousille dans le courant balance dans l’inconstant le déplacement sabotage en dedans comme auto combustion des centaines de foyers clignotants tantôt la tête tantôt le dos tantôt le bide toujours le sang le jus de dents de cette machine à fou automate des sens qu'il faut tenir encore supporter le jour - pauvre boite piètre costume assiégé rendant lourdement un pas à l'autre difficilement courbé par des membres récepteurs et tous les produits du ciel en somme le crâne de la tête tous ces ersatz de visions faisant croître des croyances difformes et des êtres obsédants cette matière à interprétation détonante explosive et trompeuse qu'il faut allier avec les caprices les envois de corrosions où les heures apaisées laissent naître des nerfs abrasifs et contre tout maître et contre tout corps dominant nous si peu à l'intérieur dedans tous sous peau sous apparats pauvres agrégats d'organes coulants débordants fuyants de toute part troqué contre une partie de sueur petit corps cœur en creux je ne suis pas dans l'eau mais l'eau est en moi et je me vide -

 

Cueillir encore c'est le nom d'un livre qu'il faudrait écrire pour ne pas dire recueil. 
Puis le film et le verbe.

 

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