Charles Pennequin et Armée Noire

Blog Armée Noire

 

 

UNE IDÉE

19/12/2014 - 00:00

Comment faire ? Comment faire pour exister et faire coexister au-dedans de moi tant de forces contraires qui déchirent/concassent/broient/annulent et annihilent la petite personne que je suis – ou que je prétends être – ou que je crois être – ou qu’il m’a été donné d’être sous la contrainte – presque malgré moi. Des forces contraires surchargées d’une tension électrique qui me grignotent petit à petit. Lentement. Sûrement. Qui me bouloteront ainsi jusqu’au trognon. Jusqu’à la couenne. Jusqu’à l’os. Jusqu’à la moelle. Jusqu’à la poussière. Jusqu’aux cendres. Jusqu’à plus rien. Plus rien. Qu’il ne reste plus rien – de moi de nous de vous de tout le monde. Qu’il ne reste rien. Ce sera mieux ainsi. Le plus rien plutôt que le trop plein.

C'que je voudrais est déjà passé

18/12/2014 - 11:23

C' que j' voudrais c'est passer mon temps à ne rien faire. C'est passer mon temps à oublier ce que je dois faire. C'est important. C'est important de prendre, prendre le temps d'oublier ce que j'ai à faire, alors c'est important. Alors j'oublie, j'oublie, d'oublier. L'important c'est important , le pire, très souvent, c'est souvent, tout le temps, le pire à faire : le pire est tellement à faire qu'il est déjà passé que le temps est déjà dépassé par son propre temps. Faire passer le temps au tamis. On a pas le temps, on a pas pris le temps... tant et si bien qu'on ne fait rien tout le temps, faire des choses qui ne servent à rien, sur le moment, mais qu'on trouve bien l'après-demain, qu'on aurait pas pu faire bien, ou pas assez bien, de tout façon il est trop tard pour le faire, alors c'est bien :c'est en retard, c'est oublié. Souvent les choses oubliées sont importantes avant que ça ne tombe dessus, parce qu'il est trop tard quand ça tombe dessus , trop tard, trop tard d'avoir le temps, alors c'est tant pis, alors le temps recule, tout ce qui doit , devait- être fait est reculé, le temps est annulé, la vie s'annule sur un contre temps, caché sous un abat-jour, un abat- temps bat son plein, alors qu'on avait plein de temps, le temps qui compte c'est pour les battants, le temps est perdu, mais pas pour tout le monde, pas pour celui qui a perdu son temps, sciemment à le perdre en le découpant morceau par morceau bien soigneusement, j'ai pris le temps, l' église sonne au clocher,c'est une gloire de perdre de son temps à ne rien faire, surtout si c'est important, que le plus important est, sera, toujours à venir, de toute façon, il y a le temps, depuis prendre le temps le temps, rien d'autre que ça à faire, reculer pour mieux sauter, même s'il n'y a pas de recul, même s'il n'y a pas la place pour sauter, se fier au temps qu'il reste le passer à la loupe, au tamis, égrainer les secondes les minutes les heures sans jamais perdre son temps, que tout s'annule en même temps, que tout est à refaire tout le temps, qu'il encore temps de ne pas le faire, d'attendre le dernier moment pour ne rien faire, ne rien taire, sur le qui-vive du temps, sur un bateau, dans un désert, dans une chambre. Le faire, cogne à la porte du bien portant, le non-faire, lui, s'aiguise le temps, prends son bain de temps, avec quiconque, qui le veut, sans mesure C'est gai le temps qu'on prend à ne rien faire, à saupoudrer le temps, ce temps perdu, pour lâcher du temps, laisser du temps prendre son temps, lâcher du leste, se trouver tout léger sur un nuage en coton, gagner son temps à ne rien faire d'autre que, patiemment, le temps s'écoule, dans du du sable, c'est beau de voir le temps s'écouler dans la vitre. Patient, le temps lui, est patient, il patiente, on n'arrête pas d'arrêter, on n'arrête pas d'activer le temps, mais le temps, lui, quoi qu'il puisse se passer, se passe, il n'a rien d'autre à faire, pourquoi ne serais-je pas ce temps, pourquoi, faudrait -il le voler ce temps, que tout le monde prend, sans rien demander d'autre, sans rien donner, ni rien à partager ? Je partage mon temps avec qui veut, je goûte au temps avec qui en a envie, perte de temps autorisée !! Vous avez le droit de perdre votre temps, de vous révolter, de vous aimer, de dormir, il y a tout le temps pour ça, tout le temps, mais... il est souvent passé, il s'est fait dépassé, j'ai perdu l'habitude de gagner du temps sur le temps, de faire reculer le temps, car on croit que c'est impossible, que le temps est dur et impartial, qu' il s' écoule, sans se perdre, lui son temps, le temps, est le seul à pouvoir prendre son temps pour ce qu'il est : du temps de pris, du temps-donné, du temps-pis, du temps -pète, du temps – trique, du temps- le temps -sait, le temps- pour-elle intemporel, ininterrompu ! Voir le temps défiler, c'est mieux que le 14 juillet, le branle-bas de combat, les armes à terre, après tout, la révolte prends son temps, aussi souple qu'une révolution ne se fait pas en un jour, mais la terre, elle, elle révolutionne, elle, elle à tous les jours pour résister, elle, ce n'est pas de l'attente, elle, c'est de la vie en transformation, continuelle, voir la vie se transformer comme telle, tel est temps à parcourir...

a peut - être un rapport::

Je vis bien. José Lesueur.

17/12/2014 - 17:17

Je vis bien. Je vis bien sans voir les poètes, sans écouter les critiques. Je ne rate rien : je lis, je vais voir quelques films films, j'écoute toute la musique que je trouve.

 

Je me noie dans le power electronics, le noise rock de Shellac, de MKB ; je me pacifie dans le drone d'Eliane Radigue, de Phill Niblock, de Kevin Drumm... En général, j'emmerde les gens. Ils me le rendent bien. J'ai quelques amis. Je suis impitoyable. Je sais me promener dans les montagnes, profiter de la chaleur écrasante en marchant doucement entre Seyne les Alpes et Selonnet. Je mange d'abord au bar Chez le Poète puis je monte par la forêt jusqu'au gros bloc erratique pour y attendre la nuit la plus noire possible. Je redescendrai en écoutant bruisser le minuscule. Autour de Dignes les Bains, avec mes filles, on cherche des chimères de Fontcuberta, on saute dans les flaques, on traverse les ruisseaux, on vole et on déplace des boules de Jean-Luc Parant. On espère que dans quelques milliers d'années, des archéologues trouveront curieux qu'une boule de terre visiblement façonnée par l'homme se trouve ici. Quelle anomalie ! On fabrique en l'oubliant toujours notre éternité. Au moins une fois par an, je quitte la vallée de l'Ubaye après Barcelonnette pour emprunter à pied le col de la Bonette, couper ses virages, m'asseoir, boire un coup, choper du regard les marmottes qui s'amusent et se méfient. Je regarde tout autour. Tout change, toujours. Je vis bien sans les poètes que je lis. Sur la plage du lac avec ma famille, je repense toujours au livre lu la veille, c'est comme un réflexe : Eugène Savitzkaya, Sergueï Essénine, Christian Prigent, Ilarie Voronca, Hélinand de Froidmont, René Dalize, Arthur Cravan, Daniil Harms, Charles Pennequin, Claude Minière, Bruno Montels, Frank O'Hara, Wilfred Owen, Jude Stefan, Nathalie Quintane, Emily Dickinson, Amélia Rosselli, F.J. Ossang, Charles Reznikoff, Benjamin Fondane, Philippe Boutibonnes, Léon Deubel, ... ou à ceux que mes filles ont massacré en jouant avec. Je suis dans des milliers de livres lus. Je ne leur prends rien, ils n'ont aucune importance. Je suis en vie et je suis pauvre. Je n'ai aucune ambition sociale. Je ne veux rien. Je vis bien, je parle peu. Je vis de peu. J'essaie de ne pas aller contre mon cours. J'explique à mes filles comment on meurt. J'essaie de leur dire qu'il faut aimer sans conditions. Vivre, et rigoler. Je vais à l'essentiel. Droit dans mes bottes, honnête comme un caillou. Je dois être pour elles tout ce qu'il y a de possibles. Pas un exemple ni un souvenir. Je me faufile entre les choses. Je ne porte aucune parole. La vérité ne m'intéresse pas, même si je la veux toujours. Je ne suis pas un philosophe. Je ne suis pas un poète. J'aime faire de la bicyclette, les batailles d'eau, m'asseoir au parc ou dans un bar et tout observer. J'aime l'odeur du blé fauché, de la forêt après une pluie orageuse en normandie : ce n'est pas de la poésie. Je vis bien avec tous mes fantômes, mes cicatrices, mes combats parfois passés, et avec mes amis morts. Dès lors que je la comprends, une chose cesse de m'intéresser. J'aime ce qui remet en cause tout ce que, par faiblesse, je pense être et crois savoir. J'apprends. Je suis en tête à tête avec moi. Je me bats. J'essaie de ne pas être que mes saloperies, mes manques, mes lacunes. Je ne fais pas de concessions. Je suis sans pitié. Je n'ai ni regrets, ni remords. Je ne suis pas en représentation. Je vis bien, c'est tout. Je peux même danser.

Les cyniques

13/11/2014 - 19:29

Jour 1

Une réunion. Une de plus. Tenir. Sourire. Faire semblant. Surtout devant elle. Polie la petite salope. Aimable pour une petite pute qui veut ma peau. Ma peau c’est ma circonscription. Mon siège de député. Elle veut me débouter. Je vais la foutre au croc de boucher. La finir à la pisse. En attendant je l’amadoue. Je fais la moue. Je lui dis oui. Oui Oui Evelyn bien sûr les collectivités territoriales doivent être réformées. Oui, il faut moderniser l’action publique. Oui, les roms pullulent dans nos rues. Oui, les jeunes de cité sont soit djihadistes soit émeutiers. Oui, il faut protéger la famille. Oui, les entreprises ne veulent plus payer les taxes de l’État. Oui, il faut s’appuyer sur les syndicats pour empêcher la grève. Oui, l’homosexualité est une mode. Oui la jeunesse est une maladie. Oui, la culture on s’en fout. Oui, le racolage passif et la prostitution sont immorales (quoique je serai bien emmerdé), oui Evelyn oui. La réunion va plus vite avec des oui. Il est temps de se barrer. Ma secrétaire me dis déjeuner avec le préfet à 13h. Obligé de m’y rendre. C’est moi qui l’ai convoqué. On veut des résultats là-haut. Et le résultat c’est moi. Moi qui réduit la délinquance, moi qui fait baisser la mortalité sur les routes moi qui suis toujours là quand on a besoin de moi la-haut, espère qu’il m’oublieront pas au prochain remaniement. Tu te vois toi Place Beauveau. Ou Place Vendôme. Ou au Palais Royal. Les ors de la République. Les vieilles dorures. Les vielles portes en bois. Les majordomes et les tapis. L’argenterie. Les caves à vin. Les frais de bouches. Les havanes. Les Falcon. Les hôtesses. Les grands hôtels. Les poignées de main. Les gardes du corps. Les photographes. Tout le monde qui te suce. Ils te veulent tous chez eux. Ils veulent te sucer chez eux. Et toi refuser en prince. Etre ministre c’est être distant. Gérer la distance. Et la dose de parfum. Ça sent bon un ministre. C’est bien propre. Ça a bon goût. Pas ce vieux goût de merde rance qu’on les petits maires aigris. Ou les députés de second rang. Ceux qui arrivent les premiers dans l’hémicycle pour qu’on les remarque. Toi tu es en haut. Toi ton nom est déjà inscrit sur ta place. Toi c’est ta bobine dans le journal. Toi c’est une rente à vie. Toi c’est le chauffeur et la citroën noire. Toi c’est un porte-feuille rembourré comme un gros cul. Toi c’est tes amis qui engrenge. Toi c’est un nouveau stade dans ta ville. Toi c’est l’amour des électeurs. Toi c’est le pied. Toi c’est la carte noire. Toi c’est fini les files d’attentes.
En attendant j’ai vu le préfet, signé des contrats, fait une conférence de presse, mis une main aux fesses de mon attachée Adeline de quelque chose, but trois coupes de champagne, sillonné Paris au moins 6 fois avec des girophares et des motos en compagnie du PM, fait une réunion avec le groupe parlementaire, discuté avec Nicolas, appelé ma femme, dîné au Bristol, appelé ma femme, rendez vous chez un camarade dans les affaires, appartement du 7e arrondissement, vue circulaire sur l’école militaire, des têtes d’huile et des pépés, rien à redire.

Un bon fauteuil en cuir rouge. Un gros verre de wishki. on parle de la météo. On parle affaire. Faut investir en Afrique, l’uranium a la cote, la Lybie c’est dangeureux, l’armée est prête, les généraux veulent tester leur drone, Dassault veut vendre sa féraille, le gouvernement est d’accord, y a des marchés à conquérir, les chinois sont dans le coin, tu me rends un service, je te donne 50 000 pour débuter, dollars ? euros ! ok, quelle vie de chien, le monde s’est compliqué, il paraît que les jeunes foutent le feu aux bagnoles dans ma ville, l’info tombe, j’écris au préfet de gérer ce soir, deux blondes viennent à côté de nous, Alfred dit qu’elles sont suisses, je dirai albanaise avec l’accent, en tout cas j’aime le chocolat, suisse ou pas, deux secondes je reviens, besoin d’aller aux chiottes, me repoudrer le nez, y a des traces des derniers, de la farine vite, ça y est jme sens mieux, j’vais les baiser toutes les deux, elles vont prendre chère, j’aime le chocolat, je vais prendre mon temps, pour être au top, faut que je chie avant, sur ce trône en ivoire, ça y est, je pousse, c’est bizarre, ça vient pas, y a comme une chaleur à l’intérieur, un truc qui brûle, ça pousse mais ça vient pas, j’ai le cul coincé dans la cuvette, ça y est, ça jouis, je lâche tout, je suis noir de merde, quel enfer, ça brûle à l’intérieur, le cœur qui s’emballe, tachicardie, le cardiologue a dit faut arrêter de fumer, les jambes faibles, foule d’hypothèse au cerveau, non pas ça, le sang monte, le cardiologue a dis, j’ai mal, y a ma femme qui m’engueule, j’ai très mal, et les petites, j’ai le cul plein de merde, bordel le cardiologue a dis, les petites, mes filles, pas crever ici, pas comme ça, j’ai archi-mal, le parti serait dans la mouise, je vais rester coincer à cause de cette lunette, mes électeurs, pas la force de crier, aphone, le cœur qui bat, douleur à s’arracher le bras, paralysie faciale, le cardiologue a dit, plus de discours, ça résonne dans la tête, les mots d’hier avec le président, ça brûle, argh, je bave ma bile, ça fait trop mal, le cardiologue a dis, plus de charcuterie corse, salope d’Evelyn, je la vois à mon bureau, une photo souvenir de moi, c’est l’enterrement, les filles pleurent, une pierre tombale rose marbre, les journaux avec ma gueule dans des chiottes dorée, un couronne de fleur pour ce César emmerdé, si près du but, le cardiologue a dis attention à 50 ans, on parlait de mois à Beauveau, j’étais un poids lourd, je suis trop gros a dis le cardiologue, attention à vos selles, tout est à chier dans ce pays, c’est ironique, je meure dans la constipation généralisée, atteindre la poignée, la main faible, poisseuse, j’ai trop grossis le cardiologue a dis, ultime effort, je décolle, me lâche pas, le palpitant est à bout, j’vais crever, y aura rien derrière, passer l’éternité dans les chiottes, ou dans le noir, ou dans la merde, enfoiré de cardiologue à 500 euros la consultation pourrait m’éviter de clamser dans les gogues, ça y est la porte oui, peut-être l’ouvrir, la Suisse est là, oh non, seigneur pas ça, maman, j’ai peur, Sylvie aide moi ! arrachement de l’intérieur, craquement de l’abdomen, trou noir, la tête chute en avant, le corps lourd avec, battement de porte, bruit sourd, gargouillis du trône, la tête rouge congestionnée, le cul à l’air, la blonde pousse un hurlement de dégoût, on accourt, il est 2 heures 34 du matin, le député Monsieur C est mort d’une crise cardiaque dans des WC du 7e arrondissement chez un sulfureux homme d’affaire parisien.

Jour 2

Je sors de chez moi. Boite aux lettres. Les petits oiseaux de la poste ne sont pas passés.
La main qui racle le métal froid. La gardienne sort les poubelles. Il est 13 heures. Elle me regarde avec une pitié vigilante. Pauvre type à cet âge ne fout rien. Elle est s’est levée à 7 heures, elle a déjà fait la cuisine, lavé l’immeuble, distribué le courrier, sortie les poubelles, pris une douche, allumé sa télévision, pensé à son mari qui lui fera l’amour ce soir, à sa fille qui rate ses études d’infirmière, à sa maison du Portugal et des travaux qui n’avancent pas, du crédit pour l’impôt, de la gérante de l’immeuble qui veut raboter ses honoraires.
Et moi rien. J’ai dormis. J’ai rêvé d’une gonzesse nue. Des seins magnifiques. Elle me regardait en riant. Peut-être une actrice de film porno. J’arrivais pas à la toucher dans le rêve. J’ai un souvenir de cendre. J’ai bu toute la nuit. J’ai oublié le rendez vous du médecin. Je vais manger chez ma mère. Elle me fera uns steak avec une purée. Des carottes râpées. Un éclair au café. Après je lui demanderai 200 balles pour payer mes sorties, ma mutuelle et mes clopes. Un assisté. RSA j’aime ça. J’aime le RSA de Papa. Y en aurait qui me traiterait de bourgeois. Sale bourgeois. Mais moi j’men fou. J’ai rien demandé. J’ai pas demandé d’être bourgeois. La gardienne je lui ai rien demandé. Je suis correcte, je lui dis bonjour, j’essaie de voir sa fille à travers les rideaux mais elle n’est pas là. Un jour je lui proposerai de monter. Son père me fait un peu peur. Un maçon portugais. Elle est plutôt blonde. Plutôt ronde. J’aime bien ça. Elle ressemble à Elise. Mon ex. Et aussi à Clothilde. Mon ex d’avant mon ex. J’allume une indu. La tête dans un étau. Les roms qui dormaient hier soir sont plus là. Eux-aussi levé et barré. A ce soir les gars ! Y en a un à qui je file parfois 2 balles. Là je les ai pas. A chaque fois qu’un type passe il fait un sourire bizarre et gueule : « Pas grave, la prochaine fois ». Comme si des types qui passent place Voltaire allait repasser là, devant lui et sa bobine de gitan, avec son bonnet et son sourire mordoré. Comme si les types de ce quartier allaient lui donner des tunes. Enfin peut-être que jme trompe. Peut-être qu’il a un business qui roule. En attendant le bus tarde. Dedans ça pue, ca se pousse. A cette heure, y a que des vieux et des chômeurs. Des gens qui ont le temps. Comme moi. J’ai oublié ma carte navigo. Je fraude. Le chauffeur me regarde mal. La voie d’une opératrice rappelle qu’il faut composter son billet. Je me cache derrière la banquette du fond. 15 stations. Les darons sont dans le 10e. Vers la gare du nord.
J’ressasse la nuit d’hier soir. La bonne vieille saoulerie de milieu de semaine. Un truc à te couper les pâtes pour 2 jours. A comater des heures. Les gens bien font ça le samedi. Le vendredi à la rigueur. De toutes façons, j’ai rien d’autre à foutre. Si pointer à l’ANPE. Je déteste mon conseiller. C’est un moraliste et un flic. Un jour si j’ai du boulot, je viendrai faire la queue 2 heures juste pour l’insulter. Peut-être même une bonne baffe dans la gueule. Il veut me radier. Peut-être que je suis déjà radié. Quel enfoiré ce type. En tous cas la soirée était bien. Paul et Allan ont vomi dans le bar. Les petits tonneaux. On s’est fait foutre dehors par un videur colossal. Un rade dégueulasse à côté du canal. Un bar d’oiseaux de nuit et de putes, de suicidaires en puissance, de jeunes qui finissent de s’écluser là en fin de soirée. On était au moins 5. Deux nanas rencontrées le soir. On s’est battue pour les ramener. Surtout la rousse. Plus le nom en tête. Mais un sacré cul. Sûrement une diablesse au pieu. Elle envoyait du rêve. Mais c’est Jonny qui l’a eu. La brune, elle est rentrée chez elle après l’épisode du vomi. Et moi jsuis rentré tout seul. Je devais pas l’intéresser. On a parlé politique. Le sujet qui m’emmerde. Le sujet qui fâche. La brune était dans un parti. Le NPA je crois. Elle croyait tout savoir. Elle avait fait de bonnes études. Une thèse de sociologie. Mais triste la nana, triste. Elle avait comme une malle de pensée. Et dedans tout bien ordonné, tout bien rangé. Elle savait tout. Elle nous expliquait comment il faut s’organiser, ce qu’il faut manger, ce qu’il faut lire, ce qu’il faut penser, qu’au fond on est une bande de jouisseur, qu’au fond on a rien compris à rien, surtout pas à la vie, que le RSA c’est bourgeois, qu’on est des anars, de droite peut-être, que l’art c’est politique, que tout est politique, qu’on est des déserteurs. Là Allan lui dit qu’elle était mal baisée. Machiste et phallocrate. La brune se barre. Paul vomi. Le baraqué arrive. On sort de force. Allan se prend un nion dans l’arcade. Il saigne. On s’insulte copieusement. Le baraqué veut appeler des potes à lui pour nous massacrer. Allan lui balance un verre à la gueule et le loupe. Le baraqué va le tuer. Le gérant s’interpose. La rousse suit Jonny. Sale veinard. Allan part dans une direction opposée, vers le nord. Il est six heures du matin. Je prends le boulevard Richard Lenoir. Jme dis qu’on a été con. On a pas su discuter avec la brune. Peut-être qu’elle serait restée avec moi. Peut-être qu’elle m’aurait appris des trucs. Elle avait la foi. Un truc que j’ai pas. Je suis rentré. J’ai dormis tout habillé. Le matin j’avais vraiment une sale gueule.

a peut - être un rapport::

le réel à plein nez

09/11/2014 - 17:27

Je suis ni de gauche ni de droite. Je suis du fond. Il n'y a pas de gauche. Il n'y a pas de droite. La droite et la gauche ça n’existe pas au fond. Le fond du réel n’est ni de droite ni de gauche. Le fond du fond du réel. C’est une cave. Le fond du fond c’est la cave ou la grotte. C’est réel. Le noir de la grotte. Le noir de la cave. C’est très réel et la gauche ou la droite n’y viennent pas. Je n’ai jamais vu ni la gauche ni la droite venir dans le fond du réel. Ou alors pour nous déloger. Nous montrer la lumière. On ne montre pas la lumière. C’est ancestral. C’est noir. Reculé. Ça remue rien. C’est cadavre. Ça craint. Les cavistes craignent. Ils puent. Ça pue le quelque chose qui repousse l’ouverture. On n’en veut pas de votre ouverture à gauche ou à droite. On veut plonger. On reste dans du plomb. On a la gueule enfoncée. On n’en veut pas de vos loupiotes. Vos spots. vos speechs et vos stats. On n’en veut pas de vos séparations. On n’est pas séparés. On est un fond sans séparation. On creuse. On vous emmerde. On n’a pas besoin d’ampoules. On n’a pas besoin de mystères. On se fout du cynisme. On s’en branle des bonnes blagues. On fonce dans le tas. On est un tas. Un gros tas de merde. Un seau de fientes dans vos gueules lumineuses, vos visages d’arrivés, vos tronches ouvertes au dialogue. La parité. Le blabla électoral. Le blabla des idées. Le blabla social. Culturel. Le blabla des écritures aussi. Des fictions. Des romans pourris et des félicitations. Des montages en grade. On n’a pas de grades. On est dégradés. On est déchus de nos droits. On n’en veut pas de nos droits. On veut la tôle. Cogner des tôles. S’enrôler dans la mouise. Et retourner dans la crasse. Y a rien qui pousse. Y a rien qui jaillit. Tout vous dit merde. La nature vous dit merde. Les enfants vous disent merde. Les étoiles vous disent merde. L’univers vous chie dessus, à gauche comme à droite.

 

Le fond cosmique

Le fond du réel est cosmique

Il rit

Le réel est cosmique

Ça fait que de rire

Le fond pouffe

C’est du réel

Le fond te pouffe à plein

En pleine poire le fond

En pleine tronche le fond cosmique te rit à plein nez

 

 

 

cogner. je cogne. je prends la cogne. cogner je prends. c’est pour moi. c’est ma tournée. j’ai mon compte. je me cogne. cognard. sale cogne. vilaine cognasse. on croise que ça en ce moment. des cogneurs et des cognettes. des qui s’en cogne. vilaines cognures. moi aussi j’ai les cogne en ce moment. j’ai mon petit coin de cogne. je sais où ça cognais. je cognais tout. j’ai toute la cognaissance pour moi. des amis cognes. des icôgnes. des gens cognus . des cons aussi, d’hypokhôgne. « cognât toi toi-même ». au moindre mot j’encogne. ça sort blanc. ça rougit. c’est noir. langagement. cogner la langue. l’autre langue. toutes les langues cognent. tous les langages à se cogner. ne plus l’ouvrir mais cogner. dans la bouche. la voix. cogner l’air. s’étouffer. poing dans la gueule. rentrer le poing et boucher la parole. cogner ce qui travaille. s’imprime. cogner les nerfs. la pensée avec un gros nez. cogner la vie. cogner à mort. 

 

Ma prison mon présent

04/11/2014 - 10:36

 

Danse errante ou palabre pastiche dogme macabre chose crâne en tête embuée de truc en fonds c'est l'inverse, je dois m'extraire :

 

On pense à la lente désintégration du souffre. Essayer de s'y tenir. Entre deux cigarettes il laisse tomber les murs. C'est le sommeil qui me donne froid. On érige des pastiches. Et tisse ce qui ne va pas. On s'extrait du mot à la parole. Entre le jardin et nous. Qui roule écrase tout. La lutte des classes au tableau. Il pétrit bien les deux choses et droit comme une tige. Elle remue son derrière en rond et ça monte. On soupçonne le jour de faire semblant. C'est dire si il reste encore un peu du monde à main. À tout bout de chants.

 

L'écriture est impossible. Je dois m'extraire. Les points me freinent. Nécessité. Voir ailleurs. Autrement. S’échapper par là. On peut s'écharper par là. Y rester. On traîne lourd la pluie n'y fait rien. Le buisson je li l'arbre je li le champs le bout. À taire. Fini par recommencer et la suite. Faire bloque. Butter. Mot contre mot. Littérature l'ablation, salive en moins silence en creux. Le nombre de perte est à brûle pourpoint. Quelques parts de là.

 

Je dois m'extraire. En sortir. Faire fumer tout ce qui coince. Ça ne vient pas. Le présent ma prison. L'écrivain en état de siège. En position. Assoiffé de quotidiens. De l'actuel renouvellement. Du renouveau sans trêve. À satiété on actualise. Toujours étrangers. De loin. Sans titre est ce qui coince. À présent ma prison.

 

Il faut pallier. Rendre. Tenir le bon moyen. Les bagnoles passent et tout ça pour une paye. J'ai froid derrière les yeux. Comment nous relier le cœur. Bâtisse, ruine, maison de maître, maison de traître. L'image s'est bien fendue de moi. On tremble ensemble c'est déjà ça. On tombe aussi. Je dois m'extraire. Y trouver mon compte à rendre. Tout cracher en force. Relier ça avec la pensée en construction. Il compte les jours qu'il reste, en boucle. Elle avale. Au moment où tourne le vide l'encéphale. L'écriture dans le sommeil. Je t'aime. Au loin la phrase qui m'empêche.

 

Il ne faut pas trop dépasser l'espace choisi. On peut rentrer ou ranger quelque chose dedans. La vie est très pratique. Vous avez le choix entre les morts ou les remords. Elle laisse glisser son tout petit espace entre ses lèvres, le tout petit espace du mot vide. Les romans de plage, les romans de gare, les romans de chambre, les poètes au courant. Tu te montre : je me tire. Hélas ça va mieux. Que de courtes pistes sans preuves. (Poètes etc.) Je dois m'extraire. Extirper mon corps de grève de la pesante boue présente. Pas de moi là. Une chose de fiction.

 

Son manche droit brave comme une image en mouvement. Le tout à l'ego n'est pas un leurre. Personne n'y est. Des bus pour transporter des habitudes. Les communs et les charges qui vont avec. En écartant le problème c'est la nuit qui s'ouvre à toi. Je dois m'extraire. Tirer dans le tas. Détitrer, destituer. Il n'a pas d'humour, préfère le sexe au salariat. C'est un plaisir de vous. Bien que le manque abonde. Je bande, sauvage et organisée.

 

Extraire. Je dois m'atténuer. Faire simple comme l'ellipse. Retrouver le courant pétrifié. Arracher. Déployer un ensemble de verbes-actions. Tracer sur les lacunes métropoles. Retrouver l'insurrection quotidienne. On se fait prendre le mot. Au ceinturon doux. La pesanteur c'est beau. Le mazout en pâte. Les mots en doute. Les lacunes pointent et ciblent. Comme traduit. Hors unique. Comme le souffle. À l'étouffé : je dois m'extraire.

 

 

 

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