Charles Pennequin et Armée Noire

Blog Armée Noire

 

 

CERTITUDES///

24/01/2015 - 14:45

https://koeurspurs.bandcamp.com/album/certitudes

12 tracks
je tiens à souligner que le prof dont il est question au pensionnat est mort et que les belligérants d'enfants dont il est question sont tous aujourd'hui PDG d'entreprises légués par leurs parents...

LES CERTITUDES : 
Des drames visant à exorciser les événements post-trauma de l'adolescence. Aus tortures de l'esprit, des agressions répétées subit dans les murs de pensionnat  (catho-post-mariste) Saint-Laurent de Lagny -sur-Marne(77).
1- ère partie jusqu’ à  "principe d'incertitude":
Agressions, violences collégiennes, viols moraux et physiques, de la pensée et du corps. désolation entre 4 murs.
Désordre moral à "La brouette":
action Pédophile métaphorique pratiqué d'un jour de vacance ensoleillé, vis à vis d'un petit garçon naïf et inconscient, ignorant des réalités de la vie à 12 ans.
"Elle vole" est le drame émotionnel vécu, pratiqué par d'autres, subit...
je tiens à souligner que le prof dont il est question au pensionnat est mort et que les belligérants d'enfants dont il est question sont tous aujourd'hui PDG d'entreprises légués par leurs parents...
TROP M'AS
TROP L'AS DIT
TROP L' ASSAILLE
LA FAILLE DE TROP
TROP
TROP
TROP
TROP
TROP
TROP
PEUT
[trop heureux d'en finir]
On va s'afficher
Je vais t’abîmer le portrait
Je vais tacher de te racler la peau
je mets la tache à mon portrait
je tache de te mettre à l'affiche
je m'en remet à ton portrait
je me tache à la tache
je tache d'être à
cette tache.

Né avec le mal, accroché, habillé de nuit et de soleil, la bosse du mal rentrée en ressort
toujours
habité des murs reçus dans l'oreille
des murs renvoient les mots
détachés des briques et bétonnés
imbriqués-emprisonnés

La cage de l'oreille
renferme les mots de la langue originelle
les mots de l'histoire
de la petite , celles des gens
que j'entends encore siffler par mes oreilles
passent par ma bouche lugubre
ténébreuse

L'enfance du mal
la durée du temps revient du cheval blanc
de la neige du brown
comme
c'est écrit des trous dans corps sur ligne de sang
l'écriture s'interpelle

Un petit bourgeon d'enfant. Dont le printemps de sa naissance ne dura que peu de temps.Sa langue s'est engluée. Ses yeux brûlés par le vent froid. Il n'entends que les cris mêlés à son effarement.
Il avait un sang à lui, incandescent, la neige autour de lui, l'innocent, le blanc de son fardeau, des flocons l'entourait, sur le trottoir, il trônait, un prince ou un ange.
De verges, de nature, de la nature phallique. Ciel Bleu enculé du rose pâle du soleil se couchant. Sur la ligne du rasoir de la nuit qui s'étend, poussant le jour hors du temps. L'anus de la nuit dont le trou se plongeait en lui. Avec la craie blanche, l'amour sans tâche de la patrie. Les zoophiles à la matraque maraudent dans la nuit. Tandis que l'élève croyait vivre. Alors, au-delà, l'autorité le raidit. Son éloquence faisait plié les pieds de dieu. Son cœur vient comme un voleur. Dieu ne juge pas les hommes. En se servant sans autorisation ses menottes aux mains offrit à une pauvre qu'il distribuait son butin. La sainte lécha un des clous de jésus. Les statues souriaient au-dessus de lui. Pas de miracle. L'éclat rieur le laissait faire. Le maraudeur passait les sillons. Le sourire de la terre avec un bâtard , touchant des vipères l'embrassa sur la bouche. L'étreinte du jeune garçon incrusté dans le pacte du bois noir de sa bouche intouchable. Riait aux anges.

L'émouvante bite dans les fonds baptismaux. Les pleurs du nourrisson profanes les religions. Alors, c'est cellulé. Les reproches des juges, les méprisants. Il tambour sous sa plume dans son corps.
Délinquants et tous noms possibles accentuent la tension des bonnes mœurs. Les menottes aux fleurs de notre -dame. C'était l'hérétique qu'il fallait brûlé. Vivre en moineau des rues.

Sa mauvaise étoile était pour lui, dans la nuit son seul guide, seul, le guide.
Crucifié son enfance. Justifié son enfance et non pas de crime. L'humilié de la jeunesse lança sa nuit comme une pierre noire.
Condamné.
Le mal de l'être, de ce rituel de la vie tourne dans la poudre, le pétrole : lutte des crasses.
Personne ne pouvait vivre sans son personnage qui tournait de personnage en personnage inlassablement
de pièces en pièces. Sans jamais pouvoir ni vivre ni être.
Une fois.

Franchir les barrières des bourreaux avec le sourire de l'ange qui effleure les visages derrière les barreaux. Se débarrasser des bagages, qui dessous les yeux se teignent de noir jusqu'à ne plus voir.
Le cirque du monde biscornu. Les fanfares de l’esbroufe et du mensonge en spectacle continu sur toutes les chaînes, des prisonniers des médias.

Le temps c'est perdu dans l'écriture, la lecture élève ses hormones aux antipodes que nul ne peut atteindre, seuls, ceux qui savent s'entêter peuvent y pénétrer. Ce doux ciel à palper les pages noircies des idées noires.

Étincelles de semences volettent par les trous . Des embouchures et des canaux ininterrompus . La souffrance s’égrène en perle de la folie. La folie au cœur du fou. De la douceur à la douleur. Du martyr au saint-siège à déféquer par la parlante histoire des burnes paradisiaques. Bouges détournés. Prisons immaculées ouvertes déracinés aux bouches bavantes du métro. Bouffe tes morts. Je vous mourrais tous quand je serais en mort : vous n'existerez plus.

Des offenses par les affres des souffrances en offrandes de baves dans les colliers à prière. Pauvre écolier. Des synagodes bien lustrés des évangélistes en calottes dans le fion des médiocres futurs instruits à la médiocratie merdique. Foutritude. Je te cracherais. Des tombes aux hormones génétiquement modifiés. Des essaims de monstres à voleter à volonté. Des déchéances magnifiques de déchets-rances. Je serais capable d'être coupable pour le bien de cette misère d'humanité.

En mort.
Personne ne l'avait regardé, ni aidé, il était trop tard. Il n'aurait pas voulu. Il s'en est fallu de peu, qu'il soit emmené avant d'échouer dans la mort.

coulis suspect

23/01/2015 - 16:53

nous sommes sous la menace de les terroristes arabes noirs de banlieue et du bled qu'on les aime pas qui menacent notre lumineuse démocratie supérieurement intelligente blanche et intelligente superbe lumière brillante de la planète super de l'europe des états-unis civilisés qui domine de la démocratie liberté sans assassinat jamais des nations unies d'expression c'est pour ça qu'on a le plan vigie pirate alerte maximum pour contrôler les pirates barbus qui reviennent s'échouer des îles de syrie du jihad et des autres continents couscous où ça sent l'harissa et le houmous ils connaissent pas là-bas le goût unique de la liberté savourez et on le voit à la télé et il le dit pujadis et l'internet et ils ont raison pas de doute car nous avec nos soldats libres de la liberté on amène sainement toujours le bien-être et la paix et le confort et les baskets et la bière c'est bien mieux

c'est eux nos ennemis qui comprenne rien du tout car forcément c'est arabe et c'est noir comme leur drapeau à eux de pirates et religieux de la dèche barbare nous c'est la civilisation démocratique magnifique face au diable on a tout créé le nécessaire et l'indispensable on sent bon tout le progrès de la terre de la science grâce à la grâce parfumée de notre univers magnifique et notre adidas beauté whiskas et nos beaux habits et nos survêtements sois toi-même et nos beaux visages synthétiques en cadeau et blanchâtres nous qui avons donné au monde tant de progrès illimité et de civilisation illuminée à la planète entière bien-portante tant et tant de bienfaits et de la grande littérature supérieure nous qui nous a tant oeuvré de la poésie et fait avancer l'homme par notre esprit vif et développé et parallèlement tant donné d'amour gros cerveaux aux autres de la science supérieurement nobel et intelligente face à toutes les bassesses des mondes inférieurs du tiers monde sous race crasse débile miséreuse inculte des abysses

nous qui avons donné toute la paix et le bonheur à cette planète qui le mérite et c'est nous qui continuons à apporter tant de richesses jour après jour à toutes les races et de l'argent en plus en cadeau de l'argent des richesses c'est la vrai richesse l'argent et l'or qu'on leur a pris et qu'on leur redonne en amis à travers nos aides et nos conseils avisés et le développement indispensables aux pays en voie de développement des matières premières qu'on leur prend pour les transformer pour leur bien ils y gagnerons avec nous vous gagnerez des voitures de sport et des nouvelles innovations et des palais immenses avec les piscines jacuzzi que tous les gens du monde devraient posséder s'ils travaillaient davantage et faisaient des efforts un peu ces fainéants c'est nous les inventeurs sublimes c'est qui qui les a inventés tout si c'est pas nous par exemple la science la science humaine de l'humanité de l'humanisme

on leur a tout donné ça en cadeau au monde à eux qui connaissent rien qui graille que du sable et du caca des cailloux des bactéries on les a formés et dressés éduqués au progrès bien comme y faut et voilà comment on est remercié par les bombes qui nous pètent à la tête coulis suspect de leurs enfants merci les mecs et des coups de flingues voilés suspicieux dans notre démocratie pure suprême de blancheur supermarché de la liberté d'expression qui rayonne dans le monde universel

ils sont pas reconnaissants de tous les bienfaits de la santé qu'on leur a apporté dans la banlieue malformée et dans la france et dans le monde et aussi dans les lointaines contrées banlieues poubelle de l'europe dans le monde de l'univers à ces déchets humains et d'animaux et plantes les avancées qu'on leur a permise génétiquement et intellectuellement au dessus c'est-à-dire nos avancées technologiques et militaires et nucléaires à leurs carcasses et par ailleurs notre grande culture et nos éclairantes avant-gardes artistiques à admirer et ce dans tous les domaines ainsi que le progrès et toute la grandeur du capitalisme de notre économie tout ça c'est du poulet ou quoi merde

bien fait pour leur gueule les frappes chirurgicales ils comprennent que ça la chirurgie on est précis on sulfate et on préserve les civils drogués parce qu'on fait toujours bien les choses et mieux que tout le reste on élimine ces analphabètes prostitués zoophiles et on enseigne aussi toutes les idées fondamentales de notre philosophie éclairante et éclairée et intelligente car nous on a tout compris et on essaye de leur montrer à eux qui comprennent rien à rien avec la force de l'humour que l'on a nous

on indique gentiment la voie la marche à suivre du progrès qui progresse vers le bien-être planétaire mondialisé mais ils veulent rien capter ces attardés-là arriérés en retardement alors que nous on est capable d'envoyer des fusées dans le ciel de l'avant c'est pour ça qu'on domine naturellement et spirituellement tout et qu'on est supérieurs aux autres et qu'on bat des records et qu'on est performants plus que les autres l'histoire les grands pas c'est nous

nous on a tout compris car on a pas de dieu ou si on en a un mais notre dieu est amour à nous notre dieu il est le bon mieux plus et il a plein d'images lui ce dieu normal et on fait du commerce alors que le leur il est pas bon le leur ils veulent pas qu'il y ait d'image pour leur prophète alors que les images c'est bien et tout le monde devrait utiliser des images plus encore

c'est normal les images de partout les images dégueulis comme nous dans nos rues la publicité c'est la liberté d'expression par exemple et eux c'est pas normal on doit leur enseigner avec notre humour et notre bonne humeur d'occidentaux qui rigolons dans les rues dans les métros et les supérettes de la liberté d'expression ce qu'est la joie de vivre et les vrais sourires ce qu'est la liberté comment on s'amuse et les caricatures humoristiques qui rigolent on a tout compris on partage on est généreux on s'exprime nous tous

la liberté court les rues à travers toutes ces expressions des gens tous les gens sont libres ça se lit sur leurs visages ici tout le monde occidental s'exprime librement dans la rue et sur son ordinateur ça se sent bien vous voyez bien ils ne font que s'exprimer et se révolter ils sont toujours en train de gueuler dans la rue et sur leurs écrans avec la même pancarte qu'ils affichent solidaires et unis avec la liberté d'expression surveillée unique et ultime et chacun à trouver son expression à lui à travers elle c'est ça la démocratie de notre pays démocratique et libre ça sent bon le vent de la liberté partout sens-tu comme il sent bon le vent de la liberté occidentale et progressiste et démocratique de l'expression libre et de la libre vigie pirate démocratie lumineuse ?

fugitive manne aérienne

21/01/2015 - 10:00

L’occidental a bon goût

Le ciel s’agace du bruit des avions
Il convoque le troupeau des nuages-hachoirs
Tranchez leur intime-t-il
Le nuage-hachoir est d’un plat redoutable
Il couperait le ciel en deux dans sa longueur
Nouvelle cargaison pour Sharm El Sheikh
Un charter avec de belles couleurs
Clap
Clap de fin
Les deux bouts s’écrasent dans le désert du Sahel
Dans un coin où il fait toujours très faim
Des os tendus de peau se ruent sur des passagers déjà presque trop rôtis
Il y en aura pour tous pas comme dab
De la bonne viande grasse gavée de mauvais cholestérol
On bouffe
On remercie à peine les dieux tutélaires qu’on croyait sourds
Les plus sages prient déjà pour un nouveau largage de barbaque
On ne pense même pas à violer l’hôtesse la moins carbonisée avant de l’engloutir
En 4 heures c’est plié les os sont lisses
Chacun retourne au village le ventre calmé pour 2 jours
3 jours après les secours occidentaux repèrent les débris
Assez perplexes de ne pas trouver trace de chair
Encore un mystère irrésolu pour ces rationnels
La boîte noire ne lâche rien
L’avion ça devient dangereux
Si les gens aisés doivent rester chez eux la morosité de la décadence va devenir invivable
A côté des cons de touristes lambda il y avait sur ce vol des gens de valeur qui se rendaient à un symposium et parmi eux un éminent chercheur de l’OMS qui s’intéressait aux voies pour réduire la faim dans le monde…avec un certain succès visiblement

vous êtes vieux

21/01/2015 - 00:10

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vous êtes vieux

 

 

vous êtes vieux. vous pensez vieux. vous vous accrochez à vos vieux restes. ce sont des restes de vieux. vos vieux discours. vos vieilles promesses. vous nous avez tendu un sale piège. un bon vieux piège. un piège vicelard. car vous êtes des vicelards. vous réduisez toute parole et tout acte à des commentaires. vous avez de toutes vieilles références. c’est pourri de vieillir ainsi. pourquoi vous avez vieilli. vous avez toujours vieilli. vous n’avez jamais pris l’air. c’est l’idée vieille que vous avez toujours voulu et dans toutes les idées. tous les actes. vous avez choisi les moins vrais. les plus mous. les plus faiblards. et vous nous avez fait passé ça pour de la nouveauté. une nouveauté toute vieille pour bien nous mépriser. vous nous avez méprisé avec votre vieillesse de naissance. même avant la naissance vous étiez vieux. le monde vieux vous parlait et vous lui répondez encore. vous colportez ses vieilles lunes. vous chantez ses vieux refrains pour encrasser nos oreilles. vous portez sa vieille baderne devant nos yeux. vous voulez être nos yeux. vous voulez nos oreilles et pourtant il n’y a que de vieilles resucées qui sortes de vos bouches. que de vieilles illustrations qui vous passionnent. vous n’avez rien à nous dire. que du vieux. aucun amour n’est vieux. mais vous n’avez jamais été dans l’amour. ni dans la vie. ni dans les vérités. vous préférez les bobards. vous préférez nous refiler vos vieux racontars. vous nous avez bien eu les vieux. bravo. et si nous continuons à vous élire c’est qu’on sera devenu bien vieux. déjà vous élire était une vieille idée qu’on voulait remiser. on ne l’a pas remisée. on a déjà vieilli. ça suffit. tirez-vous les vieux. faites-nous une vieille révérences et allez vous cacher dans un coin. un vieux recoin. une encoignure toute vieille pour vieux rogatons.

 

 

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ma bouche est un incendie poétique

30/12/2014 - 19:40

l'armée noire au sang neuf aux ateliers claus, décembre 2014

je mange des cacahuètes

30/12/2014 - 17:48

pour parler pour parler pour parler pour parler pour parler pour parler poaur paorller poru parlre poru praler prou praler proeu rparle porue poruel poruerl pourerlj pourela parleru paour pourarl lpaorue pouar paorul poaurl ler plera pouarl paorul leruar pourarm poerou parlue pporaor paoru proaur orler poure peral mapr poaru maporu pauour poaur paoular proour pareler ...

Tous les matins (... l'armée noire, extrait)

Armée noire à Bruxelles ici un extrait des lectures qui se sont déroulées lors du Sang Neuf au Ateliers Claus, le 19 décembre 2014.

Sa Rome

30/12/2014 - 13:18

Lorsque j’ai vu pour la première fois Cristobal Brigeant, il m’a parlé tout de suite de Sa Rome, cette ville de Rome, Rome dont il parlait sans cesse dans ses poèmes, cette Rome qui l’obsédait, cette Rome qu’il avait tout le temps dans la tête, quand j’avais lu ses poèmes sur Rome, je n’avais pas la sensation qu’il aimait Rome, alors que là, en m’en parlant, il avait l’air de vraiment aimer Rome ! il disait sans cesse: Rome! Rome! Rome!, ah Rome ! ah ! comme Rome est vraiment une ville magnifique ! il y en a d’autres, bien sûr ! je savais d’ailleurs qu’il allait me sortir un chapelet de villes, toutes plus belles les unes que les autres, et là je me disais qu’en fait c’était un collectionneur de villes, comme on collectionne les femmes, lui il accumule d’autres conquêtes, et ce sont les villes, mais sa femme préférée c’était Rome, ah ! oui tout de même, Rome ! disait-il, elle est incomparable ! pourtant, quand je le lisais, quand je lisais ses poèmes de Brigeant, car à plusieurs reprises j’ai lu ses poèmes sur Sa Rome, sur Sa ville à lui et à nul autre, lorsque j’ai donc lu et relu ses poèmes à Cristobal Brigeant, je n’avais vraiment pas la sensation qu’il aimait cette ville, je lisais Rome, ses poèmes sur Rome, sur Sa Rome, et j’avais l’impression de lire le mot Noir, ou le mot Douve, ou le mot Tunnel, voire Terrier, ou Trou-profond, car quand je lisais ses poèmes sur Rome, j’avais vraiment  l’impression d’être un rat ou une taupe et de voyager dans de la suie, d’être recouvert de matière noirâtre, de ne plus pouvoir avancer dans les artères de la ville, que la ville était devenue une sorte de goulot, quelque chose qui nous étrangle à la simple vue du mot Rome, et dans ses poèmes, on ne faisait pas que voir, on y était dans Rome, comme immergés, on s’y étouffait littéralement, on suffoquait à la vue de ces paysages citadins tous plus glauques les uns que les autres, il n’y avait d’ailleurs pas à proprement parler de paysage, c’était surtout des impressions, des sensations de pertes, d’oublis, comme si les mots recouvraient quelque chose de sombre et d’indicible, comme si en fait la ville était un égout ! mais que cet égout n’était fait que de paroles, et que cette parole charriait à elle seule tout le désarroi de son auteur à vivre dans cette ville ! de ce fait, quand j’ai rencontré l’auteur de ces poèmes, je m’imaginais quelqu’un au bord du suicide, avec la corde au cou pour se prendre et qui vous ouvre la porte et vous reçoit l’air totalement dépité, alors qu’il n’en était rien, c’était un homme très affable et charmant, souriant et un brin séducteur même, un homme du monde qui parlait de Rome comme s’il tutoyait chacun de ses habitants, il pouvait vous décrire toutes les peintures de Rome, tous les bâtiments de Rome, il avait un don pour vous parler des jardins et des plantes qui y poussaient à Rome et rien qu’à Rome, il n’avait pas son pareil pour vous compter l’histoire de cette ville de Rome, et là on ne voyageait pas dans ses traumatismes bien au contraire, on naviguait avec allégresse sur ses paroles savantes, on voguait plaisamment sur son érudition intellectuelle véritablement incomparable, il fallait l’entendre parler de Rome ! c’était à bondir de joie et non à frémir de terreur ! je n’avais jamais vu quelqu’un me parler de la sorte d’une ville, il faut une sacrée dose de sociabilité et de culture pour parler ainsi de Rome ! la grande ! la belle ! la magnifique Rome ! disait-il, il en avait plein la bouche de Sa Rome, alors que dans tous ses poèmes, c’était l’aveu de la solitude totale et de l’ignorance la plus crasse qui habitait toutes les âmes de cette ville, c’était la désolation absolue, et j’en étais déçu du coup, car malgré ma joie de l’entendre ainsi parler de Sa Rome, je ne pouvais éteindre ces pensées qui m’avaient accompagnées lors des intensives lectures de ses poèmes, et je me suis donc ouvert à lui, timidement, m’étonnant tout de même que dans ses poèmes je n’y voyais pas vraiment de correspondance avec ce qu’il m’avançait à l’instant même, qu’il me semblait que Rome, d’après ses descriptions, certes poétiques, était également habitée d’une force noire, de quelque chose qui nous empêche de reprendre le souffle, qui nous étreint et ne nous lâche plus, qu’en lisant ces poèmes qu’il avait écrit sur Rome, j’avais la sensation de vivre dans mon estomac,  de descendre dans mes propres artères, de croiser tous mes fécalums et ne plus jamais espérer revoir la lumière, ne plus pouvoir reprendre ma respiration un jour, et c’est alors qu’il m’a déclaré qu’en effet, il était très déprimé à cette époque-là, quand il vivait à Rome, il était très mal, il vivait un cauchemar à chaque instant de sa vie, il était lui-même devenu son propre cauchemar, il ne pouvait tenir debout tellement il était dépressif quand il était à Rome, il était malade comme un chien dans Rome, prêt à tout lâcher et à crever dans les plus petites ruelles de cette ville,  il ne souhaitait qu’une chose c’était de mourir sur place, de ne plus pouvoir bouger et se laisser aller, se fondre dans la foule de Rome et rompre les amarres avec sa vie, sa vie de poète, d’artiste renommé, sa vie sociale pleine de problèmes, problèmes dus à sa reconnaissance, à sa vie compliquée avec la politique, avec les femmes, avec ses collègues de l’université, avec ses élèves, avec ses parents, avec le milieu de la poésie,  de l’art, alors j’ai compris que Rome était finalement inatteignable, c’est pour ça qu’il la révérait, Rome était trop belle pour lui, en fait Rome lui menait la vie impossible, Rome était trop arrogante et lui devait se contenter de sa vie rangée de professeur d’université, de poète invité en résidence à Rome, il devait se contenter des éloges qu’on lui faisait mais ça n’allait pas, ça ne suffisait pas, il ne pouvait se contenter de sa vie de père et de poète, de mari et d’amant, de théoricien et d’homme politique, ce qu’il voulait au fond du fond, c’était de disparaître dans Rome, lâcher toutes ses obligations et ne plus vivre que pour Rome, ce qu’il désirait au plus profond de lui-même, c’était se fondre littéralement dans Rome, ne plus exister que pour cette ville, Rome, n’être plus qu’à Sa Rome, Sa Rome à lui et c’est tout ! point final ! c’est de ça dont parlait ses poèmes et qu’il taisait au fond de lui, Cristobal Brigeant, lorsqu’il parlait à un quelconque interlocuteur de Sa Rome.

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