Lou Ravi se rappelle des ciels de Villeneuve d’Ascq de quand il était petit. Il voudrait revoir ces ciels là mais il pense qu’il ne le reverra jamais. Ce sont les ciels de l’enfance à Villeneuve d’Ascq qu’il voudrait revoir et il pense que ce n’est plus possible aujourd’hui, même en traînant dans Villeneuve d’Ascq il ne les verra pas, d’ailleurs quand il était à Villeneuve d’Ascq il ne les voyait jamais, il se demande même s’il a déjà vu un ciel de Villeneuve d’Ascq , un ciel bien moderne de Villeneuve d’Ascq , il se demande s’il a bien vu le ciel quand il y était Lou Ravi, il se demande se qu’il pouvait voir d’ailleurs à Villeneuve d’Ascq , dans ce présent villeneuvien il ne voyait rien, il voyait ni les ciels ni vraiment les maisons, ou alors il voyait le gris des maisons mais même ce gris-là ce n’était pas le gris de l’enfance, c’était un gris tout moderne et même un gris après le moderne, car il se souvient bien du gris moderne de l’époque de son enfance, un gris bien neuf, un gris flambant neuf, un gris qui en imposait à la vue, tandis que là c’est un gris qui n’impose rien, du coup on ne le voit pas, on baigne dans le gris sans même le voir, il faudrait vraiment ouvrir grand les yeux mais ce sont les yeux même qui sont noyés, même grand ouverts les yeux ne voient rien car ils sont noyés par la vision du gris post-moderne, ce n’est même pas un gris post-moderne, c’est un gris post-mortem, c’est après la mort de la vie de Villeneuve d’Ascq pense Lou Ravi, sa femme dit de toute façon la mort c’est quand le corps se retrouve tout seul, le corps est mort alors il est abandonné par la vie, la vie est partie alors on n’a plus rien à espérer, il vaudrait mieux vivre autrement a sans doute pensé la mort alors elle est partie voir ailleurs si j’y suis pense le corps, ce n’est même pas le corps qui pense, ce sont les vivants qui l’entourent, mais les vivants ont aussi quelque chose de mort en eux, ils ont la mort et ce qui est vivant c’est quelque chose qui palpite, ce n’est même pas vivant, ça fait juste des palpitations dedans, comme un reflet, comme quelque chose qui tinte au loin, c’est ça la vie pour les vivant, c’est quelque chose dont on voit le reflet et ce reflet c’est dans les souvenirs qu’on le sent, pourtant il faudrait se débarrasser des souvenirs, car les souvenirs ne me feront pas approcher des ciels en fait, c’est autre chose qui s’agitera vraiment et je ne sais pas ce que c’est, il faudrait inventer la machine à remonter le temps pour voir ces ciels de Villeneuve d’Ascq , voir comme on les sent dans les hauteurs de l’air, comment ils nous entourent sans nous noyer dans le gris après la modernité, c’est vrai qu’à cette époque la modernité se mariait bien avec les ciels et le gris des bâtiments, les bâtiments avaient la pêche à Villeneuve d’Ascq et pas que les bâtiments, toutes les infrastructures tels les rocades et les parking, ils étaient totalement moderne et dedans on pouvait sentir le son moderne qui pouvait sortir, il sortait depuis les parking comme depuis les bâtiments modernes, il sortait des facultés, ils sortaient du Crous tous ces sons et on les voyait monter dans le haut des ciels, on voyait alors les ciels et on se mettait dedans, on sentait que les ciels ça leur faisait du bien un peu de modernité, on sentait le gris des ciels ragaillardis à la vue du bêton, tout ce bêton qui en imposait aux gens, tous ces gens qui étaient heureux car les appartements étaient neufs et la vie était cool, les gens pourraient presque se croire en Amérique à Villeneuve d’Ascq , bientôt on serait comme les joueurs de tennis à la télé ou comme les groupes de rock, on croiserait des gens qui pourraient jouer dans des films intellectuels à Villeneuve d’Ascq , tout le monde paraissait intelligent dans cette vie moderne, même les peintres en bâtiment ressemblaient à des baba cools, Lou Ravi pensait que tout le monde sortait d’un film américain moderne, avec des bagnoles et des tronches américaines et des simplicités, des sourires, à chaque fois que Lou Ravi voyait des noirs sortir du crous il pensait à des films américains où les acteurs sont cools, il pensait à des intellectuels qu’on voit dans les films, il pensait à tous ces étudiants qui ressemblaient à Simon et Garfunkel, il les voyait et c’était bon pour lui et pour la vie d’ici à Villeneuve d’Ascq , cette vie avec ces grands ciels qu’on voyait depuis les duplex à Pont-de-bois ou au Triolo, la vie moderne, la vie intellectuelle et luxueuse du Triolo et du Pont-de-bois avec tous ces intellectuels souriants qui vont à Auchan V2, tous ces gens qui remplissent leur caddie sous des ciels bleus et gris, des ciels qui montent très haut et qu’on voit de loin, comme si on était sur la lune, comme si les duplex étaient partis sur la lune pour voir les ciels de Villeneuve d’Ascq.